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THE FUNERAL

Un film de Orçun Behram

Road tripes movie

Cemal est chauffeur de corbillard et mène une existence morne. Un soir, son patron lui propose une mission peu banale d’une durée d’un mois : emmener le corps d’une jeune femme assassinée jusque dans sa famille à l’est de la Turquie. Cette mission aurait pu être facile si la jeune femme n’avait pas décidé de ressusciter, compliquant la tâche de Cemal…

Faire du neuf avec le genre du road movie n’est pas chose aisée. Qu’il soit post-apocalyptique comme avec "La route" de John Hillcoat, qui traitait d’un père et son fils marchant au milieu de la fin du monde pour leur survie, ou culte comme avec "Easy Rider" de Dennis Hopper, qui nous montrait des mecs des vrais avec leurs grosses bécanes au travers des paysages américains, le genre est passé par justement, tous les genres.

Pour son deuxième film, Orçun Behram prend le parti de nous emmener dans un roadtrip intimiste et zombiesque. Avec une caméra souvent à l’épaule et une lumière froide, nous embarquons avec Cemal et sa passagère pas si morte que ça, au travers de la Turquie profonde et hivernale. Il y a peu de dialogues pour nourrir cette relation, et finalement cela fait sens : comment communiquer verbalement avec quelqu’un qui n’est pas de votre monde ? Pourtant, plus les kilomètres et les villages défilent, et plus on sent toute l’implication du personnage principal à protéger sa passagère, quitte à commettre l’irréparable autant envers des étrangers que des proches, pour la nourrir.

Il aura fallu 6 ans au réalisateur pour mener à bien son projet, tant la logistique imposée par les 2000 km parcourus dans le cadre du tournage a été lourde à mener. On sent son implication dans le choix des lieux et les décors sont une des vraies réussites de ce film : ils sont tour à tour intimes ou impersonnels, mais toujours glaciaux. Tout ce froid hivernal s’insinue dans la rétine du spectateur et s’essaye à nous faire ressentir ce que le personnage principal doit traverser en accompagnant quelqu’un qui semble dépourvu de chaleur ou d’émotion. Une mention spéciale également pour la bonne dose d’hémoglobine et de triperie qui parsèment le film : jugulaires arrachées ou étal de boucherie, vous aurez le choix.

Le duo d’acteurs principaux porte avec justesse cette étrange relation de bout en bout du film. Il n’y avait pas besoin d’en faire beaucoup avec du surnaturel pour nous embarquer avec eux sur les routes, et les quelques épisodes auxquels on a droit nourrissent notre imaginaire jusqu’au climax. Ce climax est justement discutable, il nous emmène dans une direction plus connue et nous laisse ici personnellement sur notre faim. Mais bon, vu le prix de l’essence, il fallait bien que le road trip s’arrête à un moment.

Océane CachatEnvoyer un message au rédacteur

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