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TÊTE BAISSÉE

Un film de Kamen Kalev

Festival de gueules cassées pour thriller choc

Samy se retrouve dans l’obligation d’accepter un marché de la part d’une commissaire française. L’ancien trafiquant de fausse monnaie va devoir intégrer un réseau bulgare de prostituées. Cette mission dangereuse va également le pousser à nouer des liens avec la jeune Elka…

Samy est un petit malfrat à l’ambition mesurée. Il se contente de trafiquer de la fausse monnaie depuis la Bulgarie pour l’écouler en France. Malheureusement pour lui, il se fait coincer à Roissy. La sentence risque d’être lourde, mais un espoir de liberté lui est offert à travers un deal : intégrer un réseau mafieux de proxénétisme. La caméra va alors suivre le parcours de cet homme au cœur des bâtiments délabrés d’une Bulgarie que les reportages touristiques préfèrent ignorer. Thriller autant que peinture sociale, le métrage âpre et viril étale une réalité sans concession, dans un pays fondé sur les ruines du communisme où la prostitution peut apparaître comme une échappatoire pour de nombreuses jeunes filles.

Aux alentours de ces terrains vagues occupés par des faces patibulaires, le réalisateur développe un arc narratif centré sur la rencontre entre un homme en quête de rédemption et une adolescente espérant s’émanciper de son quotidien. Pas de coup de foudre, pas vraiment une histoire d’amitié, "Tête baissée" est à l’image de cette relation, une œuvre n’existant que dans l’entre-deux, dans un univers dominé par le gris aussi bien dans ses tonalités que dans le comportement des protagonistes. Refus total du manichéisme, ce drame étouffant s’appuie sur des comédiens impressionnants et un souci méticuleux du réalisme, transformant une thématique maintes fois évoquée en une plongée vertigineuse dans la noirceur humaine.

Néanmoins, si la mise en scène nerveuse de Kamen Kalev, déjà remarqué avec "Eastern Plays", épouse les corps et la violence, elle ne parvient pas à combler quelques lacunes scénaristiques, en particulier dans une dernière partie fourre-tout où l’accumulation des événements finit par nous éloigner du propos. Melvil Poupaud a beau une nouvelle fois épater, cette conclusion flirtant avec la tragédie grecque laisse perplexe tant elle apparaît faiblement maîtrisée. Malgré tout, cette chronique brutale sur les laissés-pour-compte développe une animalité organique qui secoue les cœurs et les consciences. Et c’est déjà beaucoup.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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