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TABOU(S)

Un film de Alan Ball

Sentiments complexes

A 13 ans, Jasira rejoint la maison de son père. Cette jeune métisse ne laisse pas insensible M. Vuoso, son patriotique voisin qui doit bien avoir l’âge de son père… Quant aux 13 ans de Jasira, c’est l’âge ingrat, celui des moqueries entre camarades, celui de la découverte de son corps et de sa sexualité. C’est aussi l’âge des bêtises…

Comment ne pas reconnaître la patte de l’auteur du scénario d’ « American Beauty », multi récompensé aux Oscars, derrière ce nouveau script qui étudie les mœurs d’un père de famille irrésistiblement attiré par une jeune fille, ici américano-libanaise ? Cette base est tirée du livre « La petite arabe » d’Alicia Erian et on comprend que le bouquin ait plu à Alan Ball. Tout colle parfaitement à l’ambiance « American beauty » et « Six feet under », le côté Larry Clark et Gregg Araki en plus.

Jasira est le prénom de ce personnage incarné par la jeune Summer Bishil, née d’un père libanais et d’une mère américaine, aujourd’hui séparés. Le film traite de son éveil sexuel dans un milieu social et familial difficiles, et des conséquences de sa rencontre avec un voisin qui tombera éperdument amoureux d’elle. Mais un voisin, interprété par Aaron Eckhart, qui a l’âge de son père et qui lit Playboy à ses heures perdues.

Alan Ball exploite le mythe du Petit chaperon rouge (Jasira) et du loup (le voisin) à la sauce contemporaine et plus subversive. Car si le loup aux babines retroussées essaie par tous les moyens de poser ses griffes sur sa jeune proie, le chaperon rouge fonce tête baissée dans le piège tendu par le loup, en se mettant un coup de rimmel en plus !

C’est donc le sentiment de gêne qui prédomine tout au long de ce film. Certes une jeune fille peut être attirée par un homme plus mûr, mais jusqu’où ce dernier peut-il aller sans crainte d’être taxé de pervers ou de pédophile ? Alan Ball pousse loin les limites de l’amour interdit, tout en soutenant jusqu’à la fin son personnage masculin principal. Une bien curieuse idée qui montre que le message de son auteur n’est peut-être pas très bien passé.

Les comédiens sont toutefois excellents. Les personnages secondaires, comme la mère (Maria Bello), ou l’amie (Toni Collette), font des merveilles, et le père (Peter Macdissi) est criant de vérité. Aaron Eckhart est un salaud au charisme ravageur et la jeune révélation Summer Bishil dégage toute la sensualité d’une « Lolita », qu’il fallait pour le rôle.

Alan Ball réussit donc ce qu’il arrive le mieux à faire : mettre le spectateur mal à l’aise. Ceci à la manière d’un Gainsbourg qui chantait « Lemon incest » en duo avec sa fille Charlotte, allongés sur un lit…

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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