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JUSTE UNE NUIT

Un film de Ali Asgari

Une descente aux enfers savamment orchestrée

Une jeune femme, encore étudiante, reçoit un coup de fil de sa mère, qui lui indique qu’elle va passer la voir dans la soirée. Prétextant de la venue d’une amie qui ne connaît personne à Téhéran, elle ne parvient cependant pas à l’en dissuader. Commence alors une course contre la montre pour parvenir à faire garder son bébé, aller en cours, et cacher les affaires de celui-ci chez une voisine, afin que sa mère ne découvre pas qu’elle a eu un enfant…

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Les films iraniens sont souvent centrés sur des questions morales qui traversent cette société, où la réputation familiale, la religion et la position de la femme sont des préoccupations permanentes. Ne pouvant pas faire grand chose sans l’autorisation de son mari, la condition de celle-ci est à nouveau au cœur de ce film, suivant une mère célibataire dans le calvaire que lui impose la simple visite de sa mère à son appartement, elle qui a décidé de garder l’enfant qu’elle a eu avec un homme qui n’assume pas ce fait. Et c’est finalement autour de cette notion que va tourner l’ensemble du scénario, entre l’incapacité de la jeune fille à avouer la vérité à ses parents, et la manière dont elle va pouvoir faite face ou non, aux hommes et aux femmes qu’elle va croiser dans cette journée marathon. Car après avoir tenté de placer les affaires de sa petite chez des voisines plus ou moins rechigneuses, elle va trouver porte close chez celle qui aurait dû garder le bébé, des scellés affichant une vraie première menace.

À partir de là, la mise en scène de Ali Asgari va confirmer le sentiment d’urgence, l’héroïne et sa copine étudiante, venue l’aider, accélérant le pas, essuyant les refus, cherchant des échappatoires, envisageant les plus périlleuses solutions... L’utilisation de la caméra à l’épaule, associée à des déambulations dans la rue, des escaliers, des couloirs labyrinthiques, permet de rendre la tension palpable. Et surtout, la présence de l’homme, absent dans les scènes du début au sein de son immeuble (les hommes travaillent, seules les femmes sont au foyer) se fait de plus en plus visible. On passe ainsi d’un propriétaire au téléphone, à la silhouette furtive de deux policiers, à des hommes plus douteux, malgré leur position sociale, l'apparition même des hommes signifiant une nouvelle menace. Un parti pris efficace pour une belle histoire de détresse, mais surtout de volonté féminine.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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