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SOUTHLAND TALES

Un film de Richard Kelly

Une foisonnante fable futuriste qui mériterait un début

En 2008, face à la pénurie de pétrole, la ville de Los Angeles accepte l'installation d'une source d'énergie inépuisable fournie à distance, depuis une sorte de plate-forme offshore. Mais des rebelles marxistes cherchent à effectuer un coup d'état, avec l'aide d'un policier qu'ils ont enlevé...

A Cannes cette année, l'un des films les plus attendus était le second long métrage du réalisateur de "Donnie Darko", Richard Kelly. Mais il fallait avoir le courage de s'aventurer, aux alentours de 22h, dans les méandres d'une fable futuriste de près de 2h40, à la fois complexe, politique et faisant preuve d'un humour parfois au troisième degré. Personnellement, il m'a fallu une deuxième vision pour apprécier ce film, foisonnant et critique d'une société en bout de course, qui mériterait cependant une coupe d'une quarantaine de minutes pour espérer un succès commercial.

Cette histoire de fin du monde, de contrôle d'une nouvelle forme d'énergie et d'Etat ultra sécuritaire, n'est en effet pas des plus lisible au premier abord et demande une concentration de chaque instant tanta elle foisonne de détails pas si anodins. Construite selon trois chapitres, constituant eux même la deuxième partie (chapitres 4, 5 et 6) d'un récit plus vaste, elle invoque de nombreuses références religieuses, établissant une sorte de prophétie autour d'une mort annoncée. Etrangement la fin semble en être également le début... et pousse à se demander si tout cela est bien réel.

Bien sûr, le discours sur les intérêts politiques et financiers est peut être un peu schématique, opposant marxistes terroristes ou kidnappeurs et capitalistes, mais le film offre une belle vision de la radicalisation de la jeunesse... et de la bipolarité de la société entre personnes friquées et autres. Il donne du coup à voir un Etat sécuritaire vers lequel semble se diriger à grands pas notre propre société emprunte de "patriot act".

Faisant preuve d'un humour jeune, mais intelligent, le scénario de "Southland Tales" s'attaque aussi à la télé réalité, aux talk show et aux dérives de la célébrité avec une certaine acuité. Et cela prend une dimension d'autant plus grande que c'est Sarah Michelle Gellar qui tient le rôle d'une ancienne actrice porno reconvertie en "star" modèle, qui entame des discussions fondamentales sur la sexualité chez les ados, publie des disques, et pousse son propre merchandising très loin (voir son portrait sur la canette de boisson énergisante...).

Côté interprètes, Krista Now (Krista "vite" en français), pouffiasse superficielle, est donc excellemment interprétée par Sarah Michelle Gellar (Buffy contre les vampires). The rock, impassible en quasi permanence, ne convainc pas vraiment, en acteur amnésique ayant de troubles liens avec les marxistes. Enfin, Sean William Scott ("American Pie") surprend par son sérieux en flic kidnappé, et prouve qu'il n'est pas qu'il est capable de jouer autre chose que les ados attardés.

Mais concernant "Southland Tales", il faut surtout souligner la mise en scène brillante de Richard Kelly, jeune prodige d'une trentaine d'année, largement de la trempe d'un Bryan Singer. Son film est visuellement parfaitement maîtrisé, j'en veux pour preuve ce plan séquence ébouriffant dans un dirigeable, lors d'une soirée mondaine, après lequel il enchaîne directement en menant de front intrigue policière, passages dansés à la limite du rêve, et affrontements de l'ordre de la pure science fiction. Alors laissez vous happer par son monde futuriste, à l'ambiance oppressante, où le pouvoir est aux mains de commerçants, où l'énergie devient elle aussi franchisée, et où le pouvoir use de l'arbitraire en postant des snipers sur les toits. Et demandez-vous au passage s'il ne ressemble pas à un monde que vous connaissez.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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