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LA SOCIALE

Un film de Gilles Perret
Avec

À bas les clichés sur la Sécu !

La Sécurité Sociale est née il y a 70 ans sous l’impulsion de l’homme politique Ambroise Croizat, parachevant ainsi l’un des vieux rêves des Français qui désiraient vivre sans l’angoisse du lendemain. Mais comment ce beau projet a-t-il pu voir le jour ? Qu’est-il devenu au fil des décennies ? Et comment agir pour le faire persister à une époque où les critiques pleuvent sur son fonctionnement ?

Il est clair qu’en faisant un tel documentaire, Gilles Perret avait principalement pour objectif d’abattre à peu près toutes les idées reçues sur la « Sécu » et sur les failles supposées qu’on peut très souvent lui prêter. On peut donc se réjouir de le voir réunir autant d’informations précises et accessibles à tous en à peine 84 minutes, histoire d’offrir le panorama le plus complet sur l’historique de la Sécurité Sociale et de prendre le temps nécessaire pour englober tout ce qui la concerne de près ou de loin. Reste qu’à bien y regarder, le projet – ouvertement partial – se laisse souvent aller à des attitudes plus honorifiques qu’informatives. Il est tout à fait logique que "La Sociale" choisisse de contrer le révisionnisme vis-à-vis de ceux que l’on considère à tort comme étant les créateurs de « l’idée », mais plus le documentaire avance, plus le désir de Perret et de ses interlocuteurs de réhabiliter la mémoire d’Ambroise Croizat – le véritable fondateur de la Sécurité Sociale – devient outrancièrement forcée, comme si le réalisateur voulait en faire l’épicentre de son projet (alors que le sujet nécessitait plus de recul et d’horizon).

De son arrestation en 1945 pour sympathie communiste jusqu’à son siège à l’Assemblée nationale en 1951, le retour argumenté sur le parcours professionnel de Croizat permet ici de savoir en détail les divers événements qui conduiront des années plus tard à la création de la Sécu. Mais on peut estimer que Perret aurait gagné à se passer d’un hommage en l’état si appuyé qu’il frise souvent l’hagiographie déplacée. À côté de cela, le réalisateur réussit à toucher du doigt les contradictions modernes liés à la Sécu autant qu’à la perception qu'on peut en avoir : un ministre du travail (François Rebsamen) qui ne connaît pas Croizat et qui attribue la création de la Sécurité Sociale au général de Gaulle (pas très à jour sur ses dossiers, le ministre…), un anti-communiste primaire et horriblement réac qui considère que la Sécu n’a fait que tuer l’économie française (ses déclarations suscitent autant le fou rire que la consternation), les témoignages des infirmiers vis-à-vis de conditions de travail de plus en plus dégradées, et surtout les précieux souvenirs d’un des derniers « poilus de la Sécu » (comme il le dit lui-même !) face à des étudiants qui seront plus tard les garants de la préservation de la Sécu. Utile et solide (quoiqu’un peu télévisuel), "La Sociale" permet ainsi de relativiser sur un sujet souvent voué à la controverse, et encourage considérablement la réflexion dans un élan on ne peut plus positif.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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