Parce qu'on en a jamais assez !

SNOWDEN

Un film de Oliver Stone

Oliver moins fort que Laura

Patriote idéaliste, le jeune Edward Snowden sera tombé de haut en découvrant, lors de son arrivée à la CIA puis à la NSA, un vaste programme de cyber-surveillance grâce auquel l’Amérique collecte des milliards de données au niveau planétaire en violant les libertés élémentaires des individus. Son action de rassemblement de preuves top secrètes l’aura conduit à prendre la fuite et à utiliser les médias pour lancer l’alerte, devenant ainsi recherché par toutes les forces de police des États-Unis…

On le sentait après s’être pris le choc "Citizenfour" dans la tronche il y a quelques années, et on en a la confirmation dès les premières scènes du film : en abordant l’affaire Snowden avec un sacré train de retard, Oliver Stone n’avait aucune chance de contrer l’efficacité du virus que Laura Poitras avait pris soin de propager au cinéma pour mieux hacker le firewall de ce redoutable système de cyber-surveillance. Du coup, Stone s’en est tenu à une vision plate et informative d’un Big Brother USA qu’il aimerait lui aussi pousser petit à petit au shutdown pur et simple. Reste que sa mise en scène – déjà en sérieuse panne d’inventivité depuis quelques films – n’a pas le tiers du génie de Poitras pour englober de façon sensitive la situation d’un globe de plus en plus contaminé par la paranoïa. Parce que Stone se veut ici relais du lanceur d’alerte alors qu’il s’en tient à une mécanique de récit des plus prévisibles, balançant des informations alarmistes à la queue leu leu sans jamais les mettre en perspective par un vrai point de vue de mise en scène, et nous balançant un message critique lourd de sens en guise de chute finale (avec le vrai Edward Snowden sur grand écran, qui plus est !).

Certains de ses plans ont beau se la jouer visuellement sophistiqués (comme de relier un schéma planétaire du procédé de surveillance à la pupille de l’œil de Snowden), ils sont plus didactiques qu’autre chose. D’autres plans, plus anodins et basiques, donnent presque envie de rire : on a beau savoir que Snowden est épileptique, le voir soudain pris d’un malaise au moment où sa silhouette se fait envelopper par la fumée des spaghettis qu’il est en train de cuire laisse croire à un gag déplacé (on dirait un empoisonnement commandité par Don Panzani !). Même le fait de plonger dans la vie privée de Snowden frise parfois la sitcom pour midinettes, en particulier à cause d’une Shailene Woodley toujours à côté de la plaque qui joue ici les utilités permanentes. Là où Stone marque malgré tout de sacrés points, c’est dans la génération d’un stress palpable, renforcé par un montage redoutable dont il reste maître du début à la fin, collant aux baskets d’un Joseph Gordon-Levitt de plus en plus doué pour conférer une vraie abstraction humaine à des personnages de « Monsieur-Tout-Le-Monde » voués à se transcender – et à changer le monde – par la force des choses. Rien que pour son découpage qui prend souvent aux tripes, "Snowden" mérite que l’on passe outre ses évidentes faiblesses.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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