Banniere-Berlinale-2019

SKY

Un film de
Avec

Americana, again and again, and again…

Pour ceux que le titre intriguerait, pas la peine de paniquer, l’explication est en réalité très simple : c’est un surnom donné à l’héroïne par une vieille indienne aux allures de sorcière chamanique. La raison ? A priori, Romy (Diane Kruger) serait comme le ciel, « toujours en train de changer ». Mouais… En même temps, ce n’est pas faux : à l’instar de n’importe quelle histoire tenant de la quête initiatique et amoureuse pour un individu désireux de changer de vie, il est inévitable d’assister à des variations, voire à des états d’âme purement instinctifs. Le problème, c’est que Fabienne Berthaud s’en tient à une partition tout ce qu’il y a de plus banal. Ce qui l’a visiblement intéressée avec "Sky" n’est pas tant de proposer une alternative sensuelle au quotidien que de s’offrir sa petite « americana » personnelle en compagnie de son amie actrice Diane Kruger – qu’elle considère autant comme son égérie que comme son alter ego.

On saisit de quoi il en retourne au bout d’un quart d’heure : en gros, une Française jette son beauf de mari comme une chaussette (et vlan, un bon coup de lampe sur le crâne !), assume son désir de renaissance et s’en va prolonger son trip américain pour une durée indéterminée. Avec, sur son chemin, de nombreuses rencontres qui tiennent autant du coup de foudre (un flic taciturne joué par Norman Reedus) que de la surprise (à peu près toutes les autres). Des rencontres, certes, mais surtout des « étapes » que l’on croirait cochées sur une liste tenant lieu de scénario. C’est parce qu’à force de brouiller les genres (mélo, thriller, drame, comédie, méditatif, etc.) et les références (de "Bagdad Café" à "Thelma & Louise" en passant par "No country for old men", la liste est longue comme le bras), Berthaud désamorce toute apparition de l’insolite et s’en tient à recenser tous les passages obligés d’un voyage au cœur des stéréotypes de l’Oncle Sam. En dépit d’un casting assez insensé (on y croise aussi bien l’héroïne de Girls que la Pocahontas du "Nouveau Monde" !), pas une scène ne se déroule sans que l’on ait l’impression d’être déjà passé par là.

Pour éviter de se tourner trop souvent les pouces, il ne reste que la présence et le jeu d’une Diane Kruger belle à en crever, dont l’empathie totale envers son personnage et les émotions vibrantes qu’elle sait incarner suffisent amplement à offrir au film une vraie dynamique. Elle est ici la seule à donner l’impression d’emporter le film, de lui donner l’impression de passer sans difficulté d’une tonalité à l’autre, même si cela ne doit durer en général que quelques secondes. Rien d’étonnant, donc, à ce que l’on entende Nick Cave chanter cet état fluctuant et fougueux (push the sky away…) au moment où le générique de fin apparaît.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire