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LE SÉMINAIRE – CAMÉRA CAFÉ

Un film de Charles Nemes

Tellement vrai

Six des éléments de l'équipe de l'entreprise de Jean Guy sont conviés à trois jours de « team building » sur Paris...

Ce deuxième épisode sur grand écran des aventures d'un groupe d'employés, observés sur M6 lors de leurs discussions au coin café (« Caméra Café ») démarre alors que Jean-Claude squatte chez son ami Hervé, avec sa caravane, suite à sa séparation. Propulsés, avec trois de leurs collègues et leur patron, dans un séminaire de motivation, on a droit à chacun indiquant ses attentes par rapport à ces trois jours. Ceci permet de présenter leurs fonctions dans l'entreprise, ainsi que leurs principaux problèmes, pour ceux qui ne connaîtraient pas la série de M6 ou n'auraient pas vu le premier film.

On assiste ici à une critique à couteaux tirés des pratiques de management, bien plus féroce que dans le premier épisode. Celle-ci s'avère cependant bien plus défaitiste et désenchantée quant à l'évolution du monde du travail, puisque le récit se terminera sur une prise d'otage, un séminaire de recherche d'emploi, avec « sourire indispensable ». Le scénario met en évidence le ridicule du discours tout fait du communiquant (Scali Delpeyrat, décidément trop rare), sensé les motiver, qui laisse spectateur comme personnages sans voix, à tel point qu'il est pris en photo par Jean Claude. Puis l'on a droit à différentes techniques, des plus douteuses, de l'animal symbolisant chacun (qui doit, bien entendu ensuite pousser son cri), aux cases du progrès dans l'entreprise (de 1 à 5, jusqu'à l’accomplissement de soi), en passant le plus que limite jeu des aveux collectifs, une séance d'auto-critique qui finira forcément en pugilat, et qu'il serait intelligent de mettre en parallèle avec les pratiques des dictateurs chinois.

Si le film est plutôt réussi, c'est qu'il donne beaucoup à rire. Et aussi que le format long métrage permet de développer plus particulièrement certains personnages. Ici c'est Jean Claude (Yvan Le Bolloc'h) qui est l'objet de toutes les attentions, puisqu'il est à la recherche d'une réconciliation avec sa femme. Toujours alcoolique notoire (il demande au garçon de café « son petit frère », en parlant d'une boission), il est capable de faire la course, en bon macho, au volant sur l'autoroute, avec un conducteur de TGV tout aussi crétin. Plus bling bling que jamais, des flash-back nous rappellent son bonheur de jeunesse (le baiser dans une voiture de concessionnaire...), et des inserts, ses rêves de maison à colonnades, sosies qui applaudissent, femmes en bikini et maître d'hôtel qui sert des cocktails.

Sous nos yeux, le groupe se serre et se desserre, au fil des trois jours de meeting et des histoires parallèles, développées sur les moments de pause ou de soirée. L'occasion de développer un peu plus avant d'autres personnages, plus secondaires, comme celui d'Armelle, enceinte jusqu'aux yeux. La scène où elle se confie dans un bar d'entraîneuses, parlant de son mec, de son steak mal cuit, et des catastrophes qui s'en suivirent (perte de la vue, fauchage par un jeune à mobylette...) est à mourir de rire. Reste que l'on apprend pas grand-chose tout de même sur elle, ni sur le personnage homo, plus caricatural que jamais. La critique a donc vite des limites.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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