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SANTIAGO 73, POST MORTEM

Un film de Pablo Larraín

Graines de dictature: le Chili de Pablo Larrain

Nous sommes en septembre 1973, à Santiago du Chili. Mario, la quarantaine, travaille à la morgue, où il pratique des autopsies. Il est un peu obsédé par sa voisine d'en face, danseuse de cabaret, que la police soupçonne d'entretenir des relations avec les communistes. Intéressé, il va faire sa connaissance et tenter de l'aider lorsqu'elle perdra sa place de danseuse...

Avec "Post mortem", Pablo Larrain, présent à Cannes en 2008 avec "Tony Manero", prend le parti d'une mise en parallèle des agissements privés et professionnels d'un assistant de médecin légiste, chargé de taper les comptes-rendu d'autopsie. Si la première partie ne passionne pas vraiment, elle introduit en douceur l'absence de personnalité du personnage en question, célibataire endurci, obsédé par sa voisine d'en face, danseuse de cabaret, avec laquelle il lie progressivement une relation d'apparence respectueuse, mais très certainement intéressée. Sans dévoiler grand chose des relations de cette belle femme, le réalisateur esquisse un milieu proche des aspirations du pouvoir alors en place.

Puis le récit bascule. Pablo Larrain choisi de suggérer plutôt que de montrer, le début d'une des pages les plus noires de l'histoire du Chili. Alors que le personnage principal prend sa douche, l'on entend de manière claire l'irruption de militaires dans la rue et les maisons. Les bruits de massacre, les plaintes de chiens abattus cessent rapidement. La belle a disparu et à l'hôpital, les cadavres s'accumulent, et les autopsies se succèdent, simplifiées à l'extrême, pour des raisons qui deviennent rapidement évidentes. La description des débuts d'une dictature prend rapidement aux tripes. Les détails font froid dans le dos, de l'autopsie clé devant une flopée de généraux aux bouquets d'étiquettes nécessaires pour numéroter les cadavres.

Par la petite porte de cette histoire d'un homme qui doit faire des choix, par la lumière blafarde de cet hôpital déshumanisé, "Post mortem" porte l'idée d'une république rêvée qui n'est déjà plus, d'une irruption du militaire dans les moindres recoins du quotidien. Chacun doit alors entrer en résistance ou tenter de s'arranger avec ces nouvelles "règles" qu'il serait bon ne pas respecter, mais à quel prix. En deux scènes d'une violence psychologique inouïe, la collègue infirmière nous en donnera un rapide aperçu, tentant de sauver une personne encore vivante, amenée sur un chariot avec d'autres cadavres.

« Post Mortem » porte un double sens, celui de la mort d'un Etat, laissé au main des militaires lors du coup d'Etat qui renversa Salvador Allende, et celui de l'histoire d'un homme déjà mort depuis longtemps, fantomatique, que se surprend à rêver d'un nouvel amour, forcément impossible. Sa petite humanité, terrible dans ses contradictions et dans ses réactions face à la déception, glace le sang. Montrant comment l'individu peut porter en lui-même les germes d'une dictature, appuyant par sa petite histoire l'arrivée d'un régime autoritaire, ce film chilien simplement bouleversant, a injustement été écarté du palmarès du Festival de Venise 2010. Espérons que les spectateurs, eux, lui feront un bel accueil.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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