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LA ROUTE SAUVAGE

Un film de Andrew Haigh

Entre deuil et abandon du rêve américain

Charley vit à Portland, avec son père, dont la nouvelle petite amie se trouve être mariée. Dégotant un petit boulot dans une écurie, il se prend d’affection pour un cheval en particulier, looser vieillissant dénommé Lean on Pete. Mais l’agression de son père par le mari de sa maîtresse va venir assombrir le tableau...

Le réalisateur anglais Andrew Haigh a su prouver en à peine deux films, ses qualités de scénariste. Son premier long, "Week-end" histoire d’amour avortée entre deux hommes, comme son second, "45 ans", dans lequel le fantôme d’une femme aimée vient perturber le couple Rampling – Courtenay, faisaient preuve d'une sensibilité rare et d'une capacité incroyable à révéler les non-dits et à creuser les blessures ou peur de chacun des personnages. Pour son troisième film, l’auteur anglais semble partir sur de nouvelles bases, s'intéressant ici à un jeune homme réservé, s'éveillant au monde au contact des chevaux, mais confronté à la mort de son père suite à une agression.

Tournant rapidement au road-trip (il se dirige vers la ville du Wyoming où vit sa tante, avec Lean on Pete, le cheval, devenu son compagnon de mauvaise fortune), le film relève à la fois de l’histoire de deuil, certes peu originale, mais aussi du parcours initiatique. Récit de solitude et d’espoirs déçus, il parle de l'errance et d’une douleur trop longtemps retenue. Et s'il s'avère un peu répétitif durant sa partie rurale, dont l’action se situe dans l’Amérique profonde, il regagne en intérêt et en intensité avec l'arrivée du personnage en ville et la plongée subite dans le monde des sans-abris.

S'il n'a pas la finesse de ses prédécesseurs côté scénario, "La route sauvage" possède de véritables qualités esthétiques et a valu fort justement au jeune Charlie Plummer le Prix de la révélation au dernier Festival de Venise. Gagnant également au Festival 2 Valencienne et au Festival du cinéma européen des Arcs, le film, en forme de calvaire vers un possible apaisement, s’apprécie au-delà des plans superbes (larges, entre buissons au vert insistant et grandes plaines désertiques), à travers la profondeur de ses personnages.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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