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ROUBAIX, UNE LUMIÈRE

Loin du romanesque

A son arrivée au commissariat central de Roubaix, Louis, un jeune lieutenant, découvre le quotidien du commissaire Daoud et la réalité de la vie dans l’ancienne cité industrielle…

Roubaix, une lumière film image

Le film de Desplechin ne porte pas la mention « adapté de faits réels », bien qu’il le soit. Le réalisateur explique avoir voulu se libérer du romanesque, de l’écriture fictive pour ce récit, afin de coller au réel autant que possible, car pour la première fois au contact de l’histoire de ces deux femmes, s’était révélé à lui, non pas deux coupables ou deux victimes, mais deux sœurs. Citant "Le Faux coupable" d’Hitchcock comme modèle premier pour son entreprise, le réalisateur dresse ici le portrait d’une ville par ses crimes et ses petits délits, par les gens qui les commettent, mais aussi par tous les autres, ceux qui les vivent, les subissent, les combattent.

Le commissaire Daoud, campé par le très charismatique Roschdy Zem, sait reconnaître en un coup d’œil le coupable de l’innocent. Si cette affirmation peut faire sourire tant elle est péremptoire, elle devient dramatique quand on réalise qu’elle est vraie. L’homme connaît par cœur la ville dans laquelle il a grandi. Il connaît les gens, les familles. Il sait qui appeler, où trouver chaque personne. Solitaire, il erre dans cet espace. Sans religion ni famille, il ne croit qu’en son travail, en la loi et le système qu’il représente. Il pense vraiment pouvoir aider les gens, sans pour autant se placer en sauveur et se sentir investi d’une mission. Desplechin cite également, et l’on peut lui la reconnaître, la filiation de ce personnage avec ceux de Melville, dans "Le Cercle Rouge", "Le Samouraï", mais aussi "L’Armée des ombres", ces hommes, policiers ou criminels, solitaires et en même temps porteurs du monde.

A cette force immobile, sans hésitation, vient se heurter le personnage de Louis, un jeune inspecteur catholique, qui essaie encore de sourire, d’y croire. Par le regard alterné de ces deux personnages naît Roubaix, ville de petits larcins, de fugues, d’incendies. Une ville de fracture géographique entre la Belgique et la France, du fait de l’attraction de Lille, mais aussi de fracture générationnelle, historique, entre les vieux immigrés qui ont connu cette ville prospère et les jeunes qui n’ont plus l’accent du bled mais celui ch’ti, et pour qui ici l’avenir n’existe pas.

Enfin, et c’est autour d’elles deux que se construit l’essentiel du film, il y a deux femmes : Sara Forestier et Léa Seydoux, Marie et Claude. Deux femmes seules et isolées, complexes et perdues, dont l’évolution, face à la rudesse policière, va révéler les couches et couches de mensonges dans lesquelles elles se sont murées pour survivre. Par ces performances troublantes, la force de ces quatre personnages, "Roubaix, une lumière", loin de juger, essaie de faire partager une réalité sociale.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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