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RODIN

Un film de Jacques Doillon

Portrait en creux d'un créateur perfectionniste

1880. Dans son atelier parisien, Auguste Rodin travaille la terre, le seul matériau noble. Expérimentant un début de reconnaissance, il partage sa vie entre ses modèles, sa compagne de toujours, Rose, et celle qui va devenir son élève puis sa maîtresse : Camille Claudel...

En cette année anniversaire du centenaire de la mort de l'artiste, Jacques Doillon consacre un film au créateur et à l'homme, alors que le Grand Palais propose une exposition hors normes du 23 mars au 31 juillet 2017 à ce précurseur de la sculpture moderne. Optant pour une approche mettant en valeur le processus créatif de l'artiste, la recherche d'une perfection qui ne viendra jamais, et sa capacité à se laisser immerger dans le travail, il nous propose un portrait en creux de la personnalité et des relations charnelles de Rodin.

Exigeant avec ses modèles, l'homme a le sens des formes comme il a le goût des femmes, qui semblent se succéder sans qu'il ait le moindre état d'âme. Créant ainsi le tourment chez les deux qui reviendront plus ou moins épisodiquement dans sa vie (Rose et Camille Claudel), c'est logiquement la rivalité de ces dernières qui occupe une place importante dans le récit. Mais Doillon semble s'intéresser avant tout à la manière dont se mêlent la sensualité des corps et le travail du sculpteur, les modèles féminins défilant et se « pliant » littéralement à la volonté de l'homme, la peau comme la terre vivante adoptant d'improbables cambrures, que ses assistants vont reproduire ensuite dans le marbre mort.

À la manière d'œuvres inachevées du maître, Doillon multiplie les ellipses, fort à propos pour évoquer par exemple les enfants qu'il a eus, jamais reconnus ou éludés de manière plus ou moins calculée. Naturellement, sous l’œil de ses deux caméras portées, Vincent Lindon incarne une montagne de sérieux et de mystère, à peine ébranlée par la passion qui le lie à Camille Claudel. Izïa Higelin donne vie à cette femme à la fois impliquée et fuyante, plus en retenue que celle de Bruno Nuyttens (personnifiée alors par Isabelle Adjani). Face à elle, on retrouve Séverine Caneele, que l'on n'avait quasiment pas revue depuis "L'Humanité" de Bruno Dumont. Elle interprète avec force présence une Rosa bourrue et blessée.

Tentant de montrer les tourments de l'époque, liés à la reconnaissance, par ses pairs comme la haute société, Doillon se concentre côté labeur sur les sept années de création du fameux Balzac, que Rodin considéra toujours comme une ébauche. Posant l'homme en une sorte de tyran apathique, il montre à la fois l'attirance et la passion que celui-ci suscite chez celles qui l'approchent, devenant ses muses ponctuelles, et les interactions malheureuses entre travail et passion, entre renommée du maître et condition féminine de son assistante la plus douée.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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