Parce qu'on en a jamais assez !

ROBOT AND FRANK

Un film de Jake Schreier

Un très grand petit film

Devenu un solitaire aigri et grincheux, Frank est de plus en plus sujet à des troubles de la mémoire. Pour éviter le séjour en hospice, il se voit obligé d’accepter la proposition de son fils : cohabiter avec un robot pour que ce dernier prenne soin de lui. C’est ainsi qu’une drôle de relation va se nouer entre les deux protagonistes…

Souvent cantonné aux seconds rôles des productions américaines, Frank Langella ne perd jamais une occasion de briller en tête d’affiche, opportunité pour lui d’étaler tout son talent. Après avoir impressionné dans « Frost / Nixon, l’heure de vérité » où il incarne le Président Richard Nixon, il est de nouveau propulsé au premier plan avec « Robot and Frank ». Outre donner son prénom au personnage principal du film, il imprègne de tout son charisme la pellicule du néophyte Jake Schreier. Si le métrage doit beaucoup au talent de son interprète central, il repose également sur un scénario sobre et intelligent, évitant tout artifice, et dont la modestie revendiquée insuffle un ton juste à l’ensemble.

L’histoire se déroule dans un futur proche, très proche. Ici, il n’est pas question de voitures volantes, de maisons dans l’espace ou de gadgets super développés mais uniquement de robots domestiques et d’un système de visiophonie généralisée. Ce refus de l’extravagance est un des points forts du métrage; en ancrant son récit dans un cadre réaliste, le metteur en scène évite toute dérive ou digression et se concentre habilement sur la relation que va nouer Frank avec son compagnon humanoïde. Vieillard isolé et solitaire, délaissé par ses enfants, celui-ci est dans un premier temps réfractaire à la présence d’un être d’acier à ses côtés, mais face à l’insistance de son fils, il se résigne à accepter. Si ce robot est un instrument utilisé par le fils pour déléguer ses devoirs et se débarrasser de toute responsabilité, il va être le salut de Franck, l’artifice lui permettant de s’émanciper de sa condition et le moyen de rattraper ses errances du passé.

C’est alors que de cette relation paradoxale (un être à la mémoire défaillante avec un robot à la mémoire absolue mais effaçable), va naître un lien profondément humain, une amitié sincère. En ce robot, Frank va trouver l’ami qui lui manquait, le confident dont il avait besoin et le fils avec qui il aurait tant aimé partager. S’il doit se contenter d’une relation par écrans interposés avec ses véritables enfants, avec son nouveau compagnon, il renoue un contact physique, un rapport palpable alors même qu’il s’agit d’un être purement numérique. L’émotion surgit de ce renversement de situations, nous interrogeant sur le fondement même de l’humanité, sans détour (le robot s’appropriant le « Cogito ergo sum » de Descartes) et sans complaisance. D’une clairvoyance brutale, le constat décrit guide le spectateur vers une réflexion inattendue et nous dévoile une ambition bien plus grande que celle supposée.

Fable moderne et pessimiste, « Robot and Franck » permet ainsi, avec tendresse, de dresser un portrait lucide mais terriblement cruel des méandres de notre société, cette tendance à la déshumanisation ou au refus de l’héritage du passé. Habilement, le réalisateur parsème son long métrage de notes d’humour, afin de dérider son propos, le message n’en étant que renforcé. De son manque de moyens, Schreier a su en faire un atout pour doter son projet d’une simplicité redoutable, offrant aux spectateurs une œuvre honnête, à l’onirisme ensorcelant et dotée d’une tendresse à laquelle il est bien difficile de rester insensible. De Sundance à Deauville, il a su ravir les festivaliers et ce n’est pas pour rien ! Posant des questions contemporaines, sans jamais tomber dans le nihilisme ou dans l’overdose philosophique, « Robot and Frank » est l’une des bonnes surprises de la rentrée.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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