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LE RIRE DE MA MÈRE

« C’est quand on vit avec les gens que parfois on les oublie. Pas quand on les voit moins. »

Adrien est un jeune collégien très réservé. Pas facile pour lui d’apprendre à gérer la séparation de ses parents, le caractère désinhibé de sa mère ou encore ses propres sentiments amoureux. D’autant que, sous le masque fantasque de sa mère, se cache une réalité bien plus grave…

Pour leur premier long métrage, Colombe Savignac (qui a aussi coécrit un autre film de 2018 : "Abdel et la Comtesse") et Pascal Ralite nous proposent un énième film initiatique sur un adolescent. Dit comme ça, on peut s’attendre à du vu et revu. Et même si c’est parfois un peu le cas, "Le Rire de ma mère" sort du lot pour sa touchante tendresse. Si la mise en scène n’est pas pleinement maîtrisée (les personnages secondaires et les intrigues annexes peuvent manquer de solidité ou d’approfondissement), son relatif classicisme reste efficace et beau à la fois, permettant aux spectateurs de se focaliser sur les principaux protagonistes, magnifiquement écrits et interprétés.

L’histoire est portée par un trio de tête impeccable. Suzanne Clément, avec son charme permanent et sa présence magnétique, apparaît comme un choix évident pour incarner la mère, dont l’exubérance et l’apparente insouciance cachent fragilité et souffrance (au point de rappeler un peu les personnages du cinéma de Xavier Dolan dont elle est l’une des actrices fétiches). Pascal Demolon excelle dans le rôle du père, un homme à la fois sensible et terre-à-terre, qui est contraint à un réel numéro d’équilibriste pour aider à la fois son fils et son ex-compagne tout en préservant son nouveau couple. Quant au jeune Igor Van Dessel, qui n’en est pas à sa première expérience (on l’a déjà vu dans "Le Voyage de Fanny" et entendu dans le doublage du ""Parfum de la carotte"), il fait preuve d’un jeu délicat à la retenue émouvante. En outre, deux beaux personnages féminins viennent finement compléter le tableau, avec Sabrina Seyvecou en belle-mère compréhensive et aussi discrète qu’Adrien, et la jeune Salomé Larouquie, pleine de fraîcheur et de spontanéité.

Alors que le début du film semble relativement léger, le film glisse progressivement vers une tonalité plus grave, introduisant subtilement les thématiques du cancer et du deuil. Les dialogues, tantôt pudiques, tantôt directs, enveloppent le tout d’une bouleversante bienveillance ou abordent des sujets difficiles comme les sentiments tabous de ceux qui entourent et accompagnent les personnes malades. C’est grâce à cette sincérité, à cette authenticité et à son absence de jugement que "Le Rire de ma mère" convainc et atteint le cœur des spectateurs.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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