Parce qu'on en a jamais assez !

RIFKIN'S FESTIVAL

Un film de Woody Allen

Woody loves cinema

Mort et Sue forment un couple d’Américains en voyage au Festival du film de Saint-Sébastien (San Sebastian). Le premier accompagne la seconde qui sert d’attachée de presse pour le film d’un jeune réalisateur français. Seulement, pendant le voyage, ce dernier a une liaison avec Sue tandis que Mort tombe sous le charme d’une belle Espagnole…

Rifkin's Festival film movie

« J’ai fait un très étrange rêve… ». C’est le personnage joué par Wallace Shawn qui ne cesse de dire ça pendant tout le film, mais on sait bien que c’est Woody Allen qui s’exprime à travers lui. Soit un cinéphile qui trouve dans les films de ses maîtres de vrais échos à sa propre existence, et qui ne peut s’empêcher de les inclure sur un mode décalé et doux-amer dans ses comédies de mœurs teintés de psychanalyse. Les exemples n’ont jamais manqué, de "La Rose pourpre du Caire" à "Tout le monde dit I love you" en passant par "September" et "Ombres et Brouillard". C’est bien à cette catégorie-là que nous convient ces retrouvailles tardives avec Woody.

Tourné il y a deux ans (et présenté alors en ouverture du festival où il se déroule lui-même !) mais arrivé chez nous avec deux ans de retard pour des raisons dont on se fiche éperdument, "Rifkin’s Festival" est peut-être le film dans lequel le cinéaste exhibe le plus frontalement sa cinéphilie, ne cessant de l’intégrer sous forme de pastiches mentaux qui servent de commentaire sarcastique à la réflexion constante de son protagoniste – lui-même de nouveau un double évident de Woody. S’y croisent ainsi "Citizen Kane" de Welles, "Jules et Jim" de Truffaut, "Un homme et une femme" de Lelouch, "8 ½" de Fellini, sans oublier son maître absolu Bergman qui a ici droit au double traitement de faveur avec un décalque de "Persona" en suédois sous-titré (!) et une parodie finale du "Septième Sceau" avec Christoph Waltz sous la cape noire de la Grande Faucheuse joueuse d’échecs !

Le vrai gros plaisir de ce nouveau film est à chercher là-dedans, dans cette sensation d’un « Woody’s festival » organisé par un vieux maître qui, n’ayant plus rien à prouver depuis longtemps, s’amuse avec ses aïeux en les convoquant avec humour et mélancolie. Un goût de l’emprunt qui, aidé par la photo hallucinante et protéiforme du fidèle Vittorio Storaro (grâce auquel un film de Woody n’a aucune chance d’être raté), se joue à loisir du support filmique afin d’élever juste assez une formule que l’on a apprivoisé depuis trop longtemps.

Parce que sur le reste, cette cuvée 2022 ne ressasse rien de bien neuf : à l’image d’un "Whatever Works", le cinéaste tend à radoter et à ressasser ses vieux motifs sur le sens de la vie, la valse des sentiments, le hasard, l’existentialisme, la judéité et tout un tas d’autres thèmes ayant depuis longtemps déposé le copyright allenien. De même que ses dialogues, ici moins vachards et sophistiqués, marquent le signe d’un évident relâchement, même si le casting est une fois de plus exempt du moindre reproche. Bref, si Woody fait ici un étrange rêve, on a tendance à le trouver un peu trop familier. Le charme jazzy et visuel dont il fait encore preuve suffit malgré tout à nous choper sans effort. Mais si son prochain film doit bel et bien être son dernier comme il ne cesse de l’annoncer depuis quelques mois, on sera en droit de se montrer plus exigeant envers ce qui se doit d’être un chant du cygne digne de ce nom.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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