Festival de Venise 2019 banniere

RENAISSANCE

Un film de
Avec

Un bijou visuel mais une histoire relativement commune

Sin City avait voulu réinventer le noir et blanc, des Français ont poussé le renouveau plus loin dans ce film d'animation avec une 3D bichrome (outre quelques rares détails colorés, moins nombreux que dans Sin City ) réalisée avec les techniques de motion capture . Les nuances de gris sont totalement absentes, nous laissant donc face à un contraste saisissant entre un noir vraiment très dark et un blanc saturé. Le risque aurait été de plonger dans une image illisible mais il n'en est rien: l'esthétique, de temps à autre hypnotique il est vrai, est maîtrisée à la perfection. Le travail des ombres et le jeu fréquent des reflets rendent même l'exploit encore plus grandiose.

Faut-il pour autant y voir un travail révolutionnaire? Sûrement pas, car les références et emprunts sont clairs (et d'ailleurs revendiqués par les créateurs), ce qui fait du film une sorte de compilation inspirée de filiations: Frank Miler, Mamoru Oshii, Enki Bilal, Blade Runner … Du coup, à l'instar du premier Matrix , le film n'offre de nouveau que des détails, qu'il faut en général chercher dans la vision prospective de Paris. La représentation de la ville propose de belles idées urbanistiques et architecturales, notamment les quais vitrés permettant à la fois aux véhicules de circuler dessous et aux piétons de se promener au-dessus. Certes le vertige doit être considérable (que penser alors de l'impressionnant bureau de Dellenbach?) mais un tel Paris offre quelques belles perspectives d'avenir, hormis évidemment les éléments quasi post-apocalyptiques (comme la Seine presque à sec).

Toujours est-il que ce film est visuellement très enthousiasmant. Pourtant tout donne l'impression que le concept visuel de Marc Miance a été à la base du film sans qu'aucune histoire ne soit liée au projet originel (mais peut-être n'est-ce qu'une impression?). En effet, l'esthétique est tellement travaillée, qu'à côté le scénario fait pâle figure. Certes on est très loin du navet et l'intrigue tient globalement la route (malgré une fin un peu biscornue), mais cet aspect-là du film est beaucoup moins inspiré, aboutissant souvent à une sensation de déjà-vu: Avalon ressemble à s'y méprendre à Eugenics de Bilal, les expériences sur les enfants font écho à Akira , le thème de l'immortalité semble relativement épuisé… D'autant que les dialogues tombent régulièrement dans le cliché et que les voix desservant les personnages manquent parfois de profondeur. L'histoire reste donc honnête mais assez conventionnelle et aurait pu facilement être transposée de nos jours dans un film sans effets spéciaux. Les créateurs n'ont donc pas su trouver le scénario approprié à leur univers visuel, même s'il convient de noter qu'ils ont eu le bon goût de ne pas tomber dans le manichéisme facile qu'on aurait pu craindre avec une telle image duale.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire