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LA RAFLE

Roselyne Bosch : c’est pas forcément du travail de pro

Paris, 1942. Il se prépare dans le plus grand secret la plus terrible rafle que le pays ait connu : 20 000 juifs doivent être déportés vers l’est et doivent en une nuit être d’abord conduits vers le vélodrome d’hiver, le temps de préparer leur acheminement dans les camps de travail. Pendant ce temps, la vie des familles Weismann et Zygler, étoilés de jaune, continue dans la plus grande confiance envers les politiques français…

Les livres d’histoire n’en font pas forcément état, mais à l’été 1942 plus de 12 000 juifs ont été livrés aux Nazis, enfermés au Vél’ d’hiv pendant plusieurs jours, sans eau ni nourriture et dans des conditions sanitaires inhumaines. Les Allemands et la police de France les ont entassés en attendant que soit organisée leur extradition vers des camps de travail en Europe de l’est. Enfin, c’est ce qui était dit au peuple français à l’époque. Personne ne s’imaginait que la vérité était toute autre et que c’était vers des camps de la mort que les juifs étaient conduits. Ils devaient être 20 000 arrêtés cet été-là, mais c’était sans compter sur les Justes de Paris qui cachèrent 8 000 d’entre eux dans leur maison, leur cave ou les firent passer pour des membres de leur famille.

Le film de Roselyne Bosch (un nom pareil pour un film sur la 2de Guerre mondiale, ça ne s'invente pas !) revient quelques mois avant cette rafle et montre le quotidien de la population juive de Paris, étoile jaune cousue sur n’importe tenue portée : du costume d’école à la robe de soirée. Mais qu’importe, la vie continue et on est bien loin de s’imaginer ce qui se trame dans cette Europe occupée par l’ennemi nazi qui projette l’extermination pure et simple d’une population diabolisée.

Même les réglementations d’exclusions des juifs ne semblent pas inquiéter outre mesure. Puis, arrive la rafle avec son lot de Français collabos mais aussi opposants. Le passage dans le Vél’ d’hiv est impressionnant et pas seulement parce qu’ils sont 12 000 juifs entassés, mais aussi parce qu’il y règne une certaine inquiétude relative. On attend beaucoup et on ne se rebelle pas trop… Alors, pour combler ce semblant de « vide » scénaristique, la réalisatrice trouve quelques anecdotes à raconter comme la désobéissance des pompiers de Paris qui donnèrent de l’eau à ces « naufragés » et les huées de 10 000 personnes envoyées aux allemands dès qu’ils entrent dans l’enceinte du vélodrome.

Intervient par ailleurs Mélanie Laurent, infirmière fraîchement diplômée, à qui l’on donne le rôle de témoin de ces terribles événements. Envoyée en renfort de Jean Reno, un médecin juif surpassé par les demandes d’aide et de besoins médicaux, elle est nos yeux, le fil conducteur depuis le Vel’ d’hiv jusqu’au camp de Beaune-la-Rolande où sont envoyés les juifs juste avant leur départ en train à bestiaux. Mélanie Laurent compose un personnage tout à la fois fort et fragile, révolté et solidaire. Elle est celle qui retient le plus l’attention parmi les nombreuses têtes d’affiche. Jean Reno nous assomme d’une piètre prestation, plate et flegmatique, lourde et insensible, tandis que Gad Elmaleh sort tout juste du lot, en chef de famille dépassé, abasourdi par tout ce qui s’enchaîne et impuissant face à la tragédie.

Le film interroge surtout la France et les Français : comment avons-nous pu être aussi ignorants ? Comment avons-nous pu laisser faire ? Pourquoi le pouvoir en place et Pétain ont pu être aussi laxiste, livrant d’abord les juifs immigrés, parents et enfants inclus, puis les juifs Français ? Malgré un avertissement au début du film signalant que tous ces événements « même les plus extrêmes » ont bien eu lieu, le film de Roselyne Bosch est tout public, à des années lumières d’un « Il faut sauver le soldat Ryan » ou « La liste de Schindler ». Ces derniers avaient, en plus de leur portée politico-historique, cette grâce visuelle, cette reconstitution millimétrée et cette puissance émotionnelle.

Bosch ce n’est pas du travail de pro à la Spielberg. On n’est pas vraiment emporté par la pseudo histoire d’amour entre Jean Reno et Mélanie Laurent, à laquelle on ne croit pas un instant, et les scènes de violence, dont la rafle, restent du domaine des teletubbies, c’est-à-dire très gentillettes. Pourquoi avoir édulcoré ces événements tragiques qui ont traumatisé des populations entières ? Pourquoi en faire des tonnes à la toute fin du film en faisant pleurer Mélanie Laurent pour émouvoir un public acquis à l’émotion provoquée par ces retrouvailles ?

Dommage, car si ces faits historiques méritaient d’être traités au cinéma, ils méritaient aussi une meilleure adaptation et une réalisation plus maîtrisée. On n'ira donc pas voir "La rafle" pour la grandeur du cinéma mais parce qu'il est le premier film a s'être penché sur ce terrible événement de notre histoire. Exister, c'est déjà questionner.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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