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QUAND ON A 17 ANS

Sciamma + Téchiné = un bon cocktail

Deux camarades de classe qui ne se supportent pas sont forcés de vivre ensemble pendant quelques mois...

"Quand on a 17 ans" est le dernier film d’André Téchiné, co-écrit avec Celine Sciamma dont on reconnaît la patte puisque l’on y suit deux lycéens de Haute-Savoie qui vont se découvrir à travers leurs différences. Daniel est un lycéen à l’aise avec les études et sa relation avec ses parents est très complice. Son père est pilote pour l’armée de Terre et sa mère est le médecin des villages aux alentours de la Savoie. Un jour, celle-ci part en consultation chez la mère de Thomas, un camarade de classe de Damien qui ne le supporte pas. Charmée par le jeune homme qui fait tous les jours quatre heures de trajets pour se rendre à l’école et par son ambition de devenir vétérinaire, la femme médecin lui propose de passer quelques semaines chez elle le temps que sa mère se rétablisse. Cette perspective n’enchante ni Thomas ni Damien qui sont souvent enclins à en venir aux mains pour régler leurs comptes.

On est d’emblée séduit par ce récit de passage à l'âge adulte admirablement bien écrit et interprété. Scindées en trois parties collant au rythme des trimestres scolaires, puisque l’échéance des deux jeunes hommes est le baccalauréat, les lignes directrices du récit sont foisonnantes et s’entremêlent en toute logique narrative. Entre la grossesse de la mère adoptive de Thomas (qui voit là une menace à son équilibre familial), l’inimitié qu’il entretient avec Damien (le véritable fil conducteur du film) et d’autres événements qui interviendront, rien ne semble téléphoné et tout s’intègre brillamment à ce récit initiatique qui prend son temps pour se dévoiler. On suit tous ces événements avec intérêt tant on a l’impression de faire partie du récit jusqu’à ce que le vrai sujet du film ne tende le bout de son nez.

Les deux interprètes Kacey Mottet Klein et Corentin Fila sont deux révélations que l’on retrouvera sûrement dans la sélection éponyme aux Césars l’an prochain. Leur jeu respectif, tout en finesse et fusionnel, traduisant leur état d’esprit à la perfection tient en haleine tout au long des deux heures du film. Pour le reste, Sandrine Kiberlain et Alexis Loret dans le rôle des parents finissent de parfaire le cadre puisque la question de l’entourage familial dans la construction de l’adolescent est également évoquée. Enfin, la touche de Céline Sciamma - qui parvient à dépeindre la jeunesse contemporaine avec authenticité ("Bande de filles") et à traiter les questions de sexualité au-delà de tous clichés ("Tomboy") - n’est pas anodine dans cette réussite. Ce cocktail de talents fait de "Quand on a 17 ans", l’un des meilleurs films de Téchiné depuis des années.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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