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PRÉSUMÉ COUPABLE

Représentation d’un cauchemar

Le calvaire d’Alain Marécaux, huissier de justice ordinaire qui va se trouver broyé par la machine judiciaire dans la célèbre « affaire d’Outreau ». Survenue au début des années 2000, cette affaire a mis en cause une vingtaine de personnes du village, suspectées d’actes de pédophilie.

Après la sortie il y a quelques semaines d’ « Omar m’a tuer », c’est au tour de l’incroyable « affaire d’Outreau » d’être mise en images par Vincent Garenq, dont on avait bien aimé le premier film, « Comme les autres », qui s’engageait courageusement pour l’homoparentalité.
En tant que citoyen concerné, le réalisateur a voulu, pour son second métrage, reconstituer le cauchemar de l’huissier Alain Marécaux (l’une des victimes de cet effroyable broyage judicaire) en s’inspirant directement de l’autobiographie de ce dernier, « Chronique de mon erreur judiciaire : une victime de l’affaire d’Outreau ».

Forcément, « Présumé coupable » s’avère d’une dureté implacable, relatant les faits sans emphase ni pathos, dans un style cinéma-vérité saisissant de réalisme. Caméras à l’épaule, plans serrés et lumières naturelles sont ici de mise pour nous faire revivre, sans musique, les trois années de calvaire d’Alain Marécaux, de la perquisition de sa maison à son arrestation, de sa mise en garde à vue à sa première condamnation, de ses tentatives de suicide à sa grève de la faim.

L’absence de présomption d’innocence initiée par le zèle du juge d’instruction Burgaud (qui pensait probablement qu’il serait plus gratifiant pour sa carrière de mettre en échec non deux personnes mais un hypothétique réseau de pédophiles), grandement relayé par une effervescence médiatique, a engendré une culpabilisation abusive et sans preuve, indignant le spectateur qui, devant une telle situation kafkaïenne, ne peut se sentir protégé par une justice ne respectant pas les droits les plus fondamentaux d’un accusé. En évitant d’édulcorer le parcours infernal d’Alain Marécaux, Vincent Garenq stimule les diverses émotions qu’on peut ressentir devant une telle injustice (colère, impuissance, peur, révolte…), son film faisant acte de dénonciation d’une machine juridique et judiciaire défaillante.

L’autre atout du film, c’est l’interprétation phénoménale de Philippe Torreton, qui trouve ici son plus beau rôle depuis « L’Equipier » de Philippe Lioret en 2004. Il aura donc fallu sept longues années pour que l’acteur signe son grand retour au cinéma. En homme hébété, dépressif, meurtri puis résigné, il livre une performance hors du commun (pour la scène de la grève de la faim, il a été jusqu’à perdre vingt-sept kilos) qui prouve qu’il est définitivement l’un des plus grands acteurs de sa génération. Grâce à lui et au traitement sans esbroufe de Vincent Garenq, « Présumé coupable » se voit comme un choc dont il n’est pas aisé de se remettre.

Christophe HachezEnvoyer un message au rédacteur

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