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POULET AUX PRUNES

 

Second avis

À Téhéran, en 1958, le célèbre violoniste Nasser Ali se retrouve avec son violon fétiche en morceaux. Malgré ses visites chez de multiples vendeurs d’instruments, il ne parvient pas à trouver son digne remplaçant. Désemparé, le musicien décide de se laisser mourir…

Article rédigé dans le cadre du Partenariat
avec l' « atelier critique » du Lycée St Exupéry

Après « Persepolis », film autobiographique, Marjane Satrapi nous dévoile cette fois ci la recette de son « Poulet aux prunes ». Plat savoureux, mêlant différentes saveurs et restant particulièrement fidèle à la recette originale, elle parvient à le sublimer avec notamment comme ingrédient un casting très « fleuri ».

Dans ce deuxième film réalisé avec Vincent Paronnaud, l’univers bande-dessinée demeure omniprésent. Tous deux issus de ce milieu spécifique, il semblait impossible qu'ils s’écartent de ce cinéma d’animation. Et pourtant, dans cette nouvelle expérience des acteurs sont bel et bien présents. Mais, ce « Poulet aux prunes », encore une fois basé sur un album éponyme de l’auteur iranienne, à l’image de « Persepolis », se devait de rester fidèle, non seulement à l’histoire mais aussi à l’univers de la BD. Concernant la trame, tout y est, et il en va de même pour le graphisme. Le film alterne entre images filmées et images dessinées, différentes techniques d’animation en arrivent même à se côtoyer, allant du dessin animé à l’animation en volume.

Cette alternance des techniques de mise en scène est à l’image du film. Car autour de ce « Poulet aux prunes », c’est une déclinaison du cinéma sous toutes ses formes qui est offerte aux spectateurs. Les genres, eux aussi, s’entremêlent, de la parodie de sitcom américaine au film fantastique avec certains personnages qui se dédoublent en prenant le rôle de génies, ceci jusqu’au thriller organisé autour d’un MacGuffin digne des films d’Hitchcock, le tout pour mieux mettre en valeur les flash-back qui se succèdent, tout comme les visites vers un futur actuel. On passe ainsi du comique au tragique comme on passerait du poulet aux prunes. L’œuvre se veut complète, sorte de voyage dans l’art, elle rend hommage à toutes ses composantes. D’abord la bande dessinée, qui domine majoritairement le film du début à la fin, mais aussi la poésie avec notamment des citations du poète perse Omar Khayyam, bien sûr le cinéma, ou encore la peinture avec une reconstitution pleine d’humour de « La mort de Socrate » de David et enfin la musique, symbolisée par ce violon si important aux yeux de ce musicien désemparé.

Cependant, malgré cette liberté prise quant au mélange des genres et ce graphisme parfois irréel, l’histoire n’en demeure pas moins réaliste. Outre un scénario majoritairement inventé, Marjane Satrapi nous parle encore de son Iran natal, qui lui est visiblement cher, mêlant éléments autobiographiques et réalisme. Ainsi, dans le Téhéran de 1958 où vit Nasser Ali (Mathieu Amalric), on trouve un cinéma portant le nom de son ancien film, « Persepolis ». Les personnages, eux, ne sont pas des héros, mais des personnages de la vie quotidienne, un musicien, père de famille antipathique mais pourtant attachant, ou encore sa femme, Faringuisse (Maria de Medeiros), au physique et à l’attitude désagréables, qui parvient à nous émouvoir de par son désespoir.

Ce réalisme contribue à servir une description plus historique de l’Iran. Sous ces aires de conte perse, de ce film se dégage aussi un message de fond. Irâne (Golshifteh Farahani), allégorie explicite, évoque la situation iranienne, avec d’abord ce coup de foudre amoureux, par analogie à la société libérale de l’époque du gouvernement de Mossadegh et de l’influence américaine en Iran. De même, peu de temps après l’idylle entre Nasser Ali et sa bien-aimée, la demande en mariage, désapprouvée par le père, est assimilable à la chute de l’ancien Premier Ministre et la mise en place d’un nouveau régime dictatorial.

Enfin, dans ce premier film avec des acteurs, les réalisateurs se sont accompagnés d’un casting impressionnant. Outre Mathieu Amalric qui occupe une position centrale avec ce rôle parfaitement adapté du père de famille odieux avec sa femme (interprétée par Maria de Medeiros), on découvre aussi une figure iconoclaste d’un ange de la Mort, interprété par un Edouard Baer peint entièrement en noir pour l’occasion, mêlant charme et nonchalance. Il y a également Chiara Mastroianni, au comble du cynisme, incarnant Lili, fille de Nasser Ali, vingt ans après sa mort. Enfin, Jamel Debbouze fait de courtes apparitions, sous les traits d’un marchand digne des mille et une nuits, puis d’un vagabond, errant dans le cimetière, sorte de génie adoptant plusieurs apparences.

Clément Chautant
Lycée St Exupéry

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