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POKEMON - DÉTECTIVE PIKACHU

Un film de Rob Letterman

Un divertissement étincelant

Lorsqu’il apprend le décès de son père avec lequel il était brouillé depuis de nombreuses années, Tim Goodman se rend à Rhyme City, une ville où Pokémons et humains vivent en harmonie. Suite à sa rencontre avec un Pikachu amnésique qu’il est le seul à comprendre et qui est lié visiblement à la disparition de son père, ils décident ensemble de mener l’enquête…

Pokemon Detective Pikachu film image

Tout, absolument tout, faisait peur lorsque ce projet a été annoncé il y a quelques années. Transposer l’univers créé par Satoshi Tajiri sur grand écran et en prises de vue réelles était un pari plus que risqué, d’autant plus que le choix s’est finalement porté sur le spin-off "Detective Pikachu", de quoi rendre encore plus ridicule le projet lorsqu’on en entendait parler. Sorti ce mercredi 8 mai sur nos écrans, qu’en est-il du résultat final ?

Et bien force est de constater que le pari est plus que réussi. Le film nous livre un divertissement agréable à suivre, même si quelques défauts subsistent, notamment concernant l’histoire en elle-même. En effet, cette aventure, bien qu’elle reste efficace en soi, ne sort pas des sentiers battus et se veut assez classique dans son déroulement, rendant malheureusement la plupart des retournements de situation assez prévisibles. De plus, le développement de certains personnages (surtout les personnages secondaires en fait) laisse parfois à désirer, comme par exemple pour l’antagoniste, dont les réelles motivations ne sont pas très claires et donnent l’impression de servir plus de prétexte qu’autre chose, ou encore le personnage de Lucy Stevens, qui malgré son importance dans le récit, est bien trop vite introduit, la réduisant plus à un personnage fonction. Même Pikachu a le droit à sa petite incohérence psychologique puisque plusieurs fois dans le film il dira ne jamais être présent pour les personnes auxquelles il tient lorsqu’ils sont dans le besoin alors qu’il est censé être amnésique…
Cependant, on passe assez facilement sur ces défauts d’écriture, le film apportant de quoi compenser, notamment avec l’interaction entre Tim et Pikachu, formant un duo intéressant de par leur opposition à la manière des « buddy movie » comme la saga de "L’Arme Fatale" par exemple, et qui offre certains moments de bravoure. D’ailleurs le personnage interprété par Justice Smith est pour le coup parfaitement bien traité, de son introduction au dénouement du film, dont il est sans conteste l’un des points forts. Un autre point fort de ce long métrage est bien entendu l’humour. Celui-ci est parfaitement dosé, fait toujours mouche et, contrairement à certains films de la franchise Marvel par exemple, ne vient jamais désamorcer les enjeux. De plus, le jeu de Ryan Reynolds colle parfaitement à ce Pikachu à l’air hautain et prétentieux, avec un penchant pour la séduction et une forte addiction au café.

Mais le travail le plus impressionnant reste celui fait sur la transposition de l’univers original de l’Anime. Les scénaristes Nicole Perlman (qui a surtout travaillé pour Marvel Studio) et Rob Letterman (le réalisateur à qui l’on devait déjà la bonne adaptation de "Chair de Poule") ont réussi à dépeindre un univers vraisemblable auquel on adhère immédiatement. On ressent la richesse de Rhyme City à chaque 24ième de seconde, une ville riche en détail vivants, le tout avec un bon équilibre entre le « fan service » et l’ouverture aux spectateurs qui ne connaissent rien à Pokémo. Ainsi, pour ne perdre personne, les références et œuf de pâques ne sont qu’un plus et ne prennent jamais trop d’importance. Côté mise en scène, Rob Letterman s’avère plus que convaincant. Le film bénéficie d’un bon rythme, on ne s’ennuie jamais, le récit s’y déroule de manière très fluide et tout ça sans jamais trop se précipiter, alors que le film n’est pas si long que cela.

On notera également des séquences d’actions réussies, prenantes et voire même dantesques (notamment celle des « tortues »), bien que parfois un poil confuses (à cause d’un montage relativement rapide), mais sans jamais nous perdre. A cela s’ajoute une photographie très belle et très travaillée, à base de néon et de lumière LED avec des teintes dans les bleus, rouge et jaune (une possible référence aux premiers jeux Pokémon ?) parfaitement composées à l’image, faisant ressortir un aspect très électrique par écho à Pikachu, ainsi qu’une lumière très artificielle, même dans les décors qui se veulent naturel, cette fois ci en écho à Rhyme City. En revanche, si la photographie est plutôt soignée en règle général, de manière récurrente on a droit à des plans avec une mise au point complètement ratée et floue, une erreur peu pardonnable, d’autant plus que le film a été tourné avec des caméra numériques. Dernier point concernant la technique et pas des moindres : le rendu des Pokémon. Les images de synthèses sont bien réussies et on adhère facilement à ces Pokémons, excepté à de rare moments (comme par exemple les Roucouls au début) qui paraissent faux, mais dont l’origine vient plus de l’incrustation que du rendu en lui-même.

Globalement, concernant les acteurs, Justice Smith offre une belle prestation toujours juste et Ryan Reynolds est toujours aussi jouissif, tout comme Bill Nighty. Les acteurs secondaires ont un peu plus tendance à surjouer, mais leur relative faible présence à l’écran fait que cela ne nous sort pas du film. Et au final, "Pokémon Detective Pikachu" est un bon divertissement et un grand soulagement. Le travail d’adaptation est particulièrement travaillé et cela fait plaisir d’enfin voir sur grand écran un film en prises de vue réelles adapté d’un jeu vidéo qui soit une aussi belle réussite.

Ray LamajEnvoyer un message au rédacteur

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