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POET

Un film de Darezhan Omirbaev

Où est passée la poésie ?

Didar est un poète kazakh, qui voit bien autour de lui le monde oublier peu à peu la poésie. Lorsqu’il lit un poème de Mahambet, auteur persécuté du 17è siècle, se dessine alors un parallèle entre l’histoire de celui-ci et la sienne, alors qu’il multiplie les lectures de poèmes pour la promotion de son dernier recueil. Un phénomène qui met en exergue les doutes et les incompréhensions qui l’accompagnent par rapport à la disparition progressive de la poésie dans le monde contemporain…

Poet film movie

Darezhan Omirbaev n’avait pas réalisé de film depuis "L’Étudiant" en 2012, et revient dix ans après avec "Poet", sélectionné à la Berlinale 2022 et récompensé du prix de la mise en scène au festival de Tokyo en 2021. Racontant l’histoire d’un poète kazakh, qui voit autour de lui une désaffection de la poésie et une sorte de perte des mots généralisée, il mêle cette solitude de l’auteur à celui du poète Mahambet, tué 200 ans avant par l’État kazakh pour l’avoir contesté.

Avec un rythme très lent, le réalisateur prend le temps d’observer et de rendre compte de la solitude touchante et palpable de Didar, le tout appuyé par un univers sonore qui nous oppresse de plus en plus, au rythme des tic-tac de l’horloge. Si les images sont simples, quasiment naturalistes, on retrouve de temps en temps des touches subtiles d’humour et d’ironie, contrastées avec le drame qui se joue autour du personnage de Mahambet. Paradoxalement, ce sont les moments centrés sur sa vie qui sont les plus intéressants, tant d’un point de vue esthétique que d’un point de vue narratif, où la poésie est montrée comme un art de combat, et où l’on découvre une figure historique inconnue. À l’inverse le personnage de Didar montre une poésie sans espoir, et son histoire semble tellement pathétique qu’elle nous fait perdre tout lien avec le personnage, et de même coup toute empathie.

Le regard du réalisateur, pointant la disparition progressive de toute forme de littérature, paraît de plus finalement assez réactionnaire, et donne une image au film qui ne l’ennoblit pas, bien au contraire, surtout avec le rythme lent (et à certain moment ennuyant) qu’il donne à son œuvre. Et même si on appréciera la découverte de la poésie kazakhe, et l’importance que cette langue donne au mot à travers les discussions des collèges de Didar, on a trop souvent l’impression de voir ici une leçon de morale. Ceci alors même que la baisse du lectorat ne signifie pas un abandon total de la lecture au profit des écrans, et qu’il ne faut pas confondre la poésie avec la perte du sentiment du poétique et de l’émerveillement, ce qui est trop souvent lié dans le film.

Un film au propos intéressant donc (grâce à la découverte de la poésie kazakhe), mais tendant trop à la victimisation réactionnaire par moment, avec une image et un rythme trop lent pour nous convaincre sur toute la durée.

Valérian BernardEnvoyer un message au rédacteur

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