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THE PLACE BEYOND THE PINES

Un film de Derek Cianfrance

Un polar noir envoûtant

Un cascadeur à moto découvre par hasard qu’il a un enfant d’une ex-copine qui vit maintenant avec un autre homme. Il plaque alors tout pour essayer de subvenir aux besoins de l’enfant. Mais sans emploi, la tâche s’annonce dure. C’est alors qu’il rencontre un garagiste qui lui donne d’abord quelques travaux rémunérés avant de lui proposer de braquer quelques banques pour se faire davantage d’argent…

Avec sa gueule d’ange et son corps tatoué, Ryan Gosling entre en scène dans un plan séquence qui le mène sur sa moto pour une cascade spectaculaire dans une fête foraine locale. Il y est une star pour les jeunes qui voient en lui un super héros ! Pourtant, du jour au lendemain, quand il apprend l’existence d’un fils d’un an, il décide de tout lâcher, de se consacrer à sa progéniture et d’assumer son rôle de père… Mais pour avoir de l'argent, il se laisse embringuer dans de sales histoires de braquages de banques. Le drame le guettera alors au coin de la rue…

Ryan Gosling, qui retravaille ici avec Derek Cianfrance, le réalisateur de « Blue Valentine », retrouve aussi la conduite sportive d’un bolide, ce qui (après « Drive ») lui va décidément comme un gant. Avec sa chevelure blonde, ses tatouages et notamment celui au coin de l’œil en forme de larme, il est dans une représentation romantique de l’anti-héros qui cherche à faire du bien en faisant du mal. La force de l’interprétation de Gosling est à l’image de la force des scènes de moto sur route ou en forêt, comme exprimant toute la palette d’émotions qu’il garde en lui et qu’il exprime parfois brutalement quand on le titille d’un peu trop prêt ; tel un volcan endormi prêt à entrer en éruption.

Également co-scénariste de « The Place beyond the pines », son réalisateur explore, à fond les manettes, les dualités qui font notre monde et la nature humaine. Chaque protagoniste est à la frontière, voire sur une brèche, entre ange et démon, bien et mal, justicier et hors-la-loi, vérité et mensonge. Il fait brillamment s’entrechoquer trois destins à trois époques différentes, avec deux générations qui se font écho l’une l’autre, et s’interconnectent entre elles. S’il nous donne à voir que l’histoire, parfois, se répète ou qu’elle est à l’origine d’un cercle vicieux, il montre qu’elle peut aussi engendrer un cercle plus vertueux.

Devant la caméra, on se félicitera de retrouver Bradley Cooper qui, après « Happiness therapy », confirme tout le bien que l'on pense de lui quand il se positionne sur des productions moins « bad tripiennes ». La partie du film où il est mis en scène pourrait cependant être celle qui passionne le moins, la corruption chez les flics étant un sujet maintes fois rebattu. Chez les jeunes, Dane DeHaan (vu l’an passé en super méchant aux super pouvoirs dans « Chronicle ») scotche le spectateur dans l’expression de ses fêlures. Mais Ryan Gosling emporte décidément tout. Son aura, sa nonchalance, son air détaché et sa frimousse d’ange auront raison de tous les réfractaires aux beaux gosses sans originalité. Gosling dégage une incroyable énergie avec ce supplément – rare – d’âme. Et son rôle dans ce polar noir envoûtant, qui s’attardera dans vos pensées longtemps après la projection, le place encore plus haut dans la sphère des plus grands.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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