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PHENOMENES PARANORMAUX

Vrai ou faux ? Le débat est tout vert !

Le docteur Abigail Tyler est encore sous le choc de la mort de son mari, assassiné chez elle en pleine nuit par un tueur qui n’a jamais été arrêté. A la suite de ce drame, sa fille est devenue aveugle et son fils, lui, rejette la faute sur elle. Dans son travail, ce n’est guère plus enthousiasmant. Ses patients, victimes d’insomnies, lui racontent tous la même histoire : ils sont dérangés chaque nuit par une chouette blanche qui les scrute de ses yeux. Les séances d’hypnose du docteur Tyler vont même révéler des phénomènes plus troublants encore…

J’ai pu m’abandonner à dire que le film français « Sans laisser de traces » était la plus grosse escroquerie de l’année. C’était sans compter sur « Phénomènes paranormaux » (« The fourth kind » en VO) du réalisateur au nom déjà paranormal de Olatunde Osunsanmi !

Ce dernier nous entraîne pendant 1h30 dans la petite ville de Nome (Alaska) où, nous dit-il, des événements étranges ont lieu depuis une quarantaine d’années. Le docteur Abigail Tyler, psychologue, y a même enregistré plusieurs dizaines d’heures de thérapies sous hypnose montrant ses clients atteints de réactions complètement hallucinées et hallucinantes.

Pour authentifier cette histoire, Olatunde Osunsanmi utilise d’imparables arguments : Milla Jovovich arrive en personne au début du film pour se présenter comme l’actrice qui va interpréter le rôle de la fameuse psy de Nome tout en précisant que de nombreux noms ont été changés pour protéger les protagonistes et leurs familles.

Au cours du film, à chaque nouvelle apparition d’un acteur un tant soi peu connu, Olatunde Osunsanmi précise bien le nom du comédien et de la personne vivante qui se cache derrière lui (Will Patton est le shérif August, Elias Koteas est l’ami psychologue Abel Campos) ; il utilise des vidéos et des documentaires audio et les juxtapose en split screen, façon « 24 heures chrono », à côté des plans de son film pour montrer qu’il colle bien à la réalité ; il va même jusqu’à cacher certaines parties des vidéos d’archives (quand il montre un meurtre par exemple) et il coupe le son quand de vrais noms sont cités.

Si avec tous ces effets le spectateur n’a pas l’impression de découvrir un vrai docu-fiction sur des événements paranormaux, dont une toute petite ville paumée d’Alaska est la victime, c’est qu’on est mal réveillé ou bien très bien informé…

Car si les documents d’archive présentés sont incontestablement perturbants, quelle preuve a-t-on de leur véracité ? Si le film était réel, il constituerait un témoignage troublant de la présence d’extra-terrestres sur notre planète ! Tout cartésien qui voit ce film et qui le prendrait au premier degré en viendrait immédiatement à se convertir à la religion de l’au-delà ou de l’ailleurs.

Pêle-mêle, pour vous résumer, la psychologue Abigail Tyler a des patients qui lui parlent d’abord d’une chouette qu’ils voient la nuit puis ils vomissent en pleine séance d’hypnose en repensant aux visites d’extra-terrestres qu’ils ont à 3h33 du matin, pour enfin se dire que mieux vaut en finir tout de suite et tuer femme et enfants quand ce n’est pas l’envie de léviter au-dessus de leur lit qu’il leur prend ! Je ne vous raconte pas les cas d’abductions (enlèvements par des E.T.) et les incantations sumériennes qui parlent de Dieu, ce serait trop long !

Bref, trop c’est trop. On vient vite à douter de tous ces documents censés nous dire « la » vérité. Une petite visite sur IMDB nous révèle que la vraie Abigail Tyler du film est « interprétée » par une actrice du nom de Charlotte Milchard ! Comment ? Une actrice joue le rôle d’une personne censée être réelle et censée se trouver sur des documents d’archive ?! Et si tous les documents vidéo qui nous sont présentés n’étaient que falsification, montage et trucage ! On imagine aisément que les autres habitants de Nome qui apparaissent dans les vidéos de la fausse psy sont tous des acteurs ! Et si tout ce film n’était qu’un « fake », une farce montée de toute pièce par un réalisateur ayant voulu surfer sur la vague des films à la « Blair Witch » et « Paranormal activity »… N’oublions pas que son premier film, un inédit vidéo à ne mettre entre aucune main, s’appelle « The Cavern » et qu’il était censé profiter du succès du film « The Descent ».

Quel crédit donc accorder à ce vrai-faux film réalisé par un as du copier-coller ? Aucun ! Il ne faut pas y voir un film documenté mais plutôt un document filmé, sorte de nouveau genre cinématographique utilisant de faux documents d’archive dans un film traitant d’une histoire inventée de toute pièce. Pas sûr que cette idée paranormale fasse des petits à Hollywood ou ailleurs.

Peut-on prendre du plaisir sur un film qui vous baratine de la première à la dernière image ? En effet, si on peut reprocher au film d’être extrêmement bavard et de ne presque rien montrer de ce qu’il nous révèle, certaines scènes sont suffisamment bien tournées pour faire monter l’adrénaline. Le débat reste donc ouvert, mais les spectateurs inspirés trouveront facilement autre chose de plus intéressant à se mettre sous la dent.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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