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PEUR(S) DU NOIR

Avec

Curieux, parfois déroutant, voire dérangeant

Une succession de dessins animés en noir et blanc, courts, qui s’entrecoupent, dont certains sont en quatre parties. Contrairement au titre qui pourrait annoncer la phobie du noir, il s’agit là de séquences sombres et angoissantes qui retracent soit des épisodes tristes, soit des situations de peur…

Revue de détail des différentes séquences du film :

* Un générique très classique, simple mais efficace. Musique intrigante et rythmée.

* Les premières images présentent des chiens enragés. On les retrouvera d’ailleurs régulièrement jusqu’à la fin. Ils sont tenus en laisse par un être malsain, accro à la douleur et à la violence. Quand il rencontre un individu (enfant, homme, magnifique danseuse de flamenco), il lâche un chien sur eux. Ce dernier les attaque et les déchiquette. Beaucoup de souffrance et de cris. Le graphisme choisi donne une impression très bizarre.

* On retrouve ensuite des formes plus ou moins géométriques qui parcourent l’écran en tous sens. En voix off, une bourgeoise snob confie ses peurs ridicules et ses constats sur la société. Rien d’innovant, un passage pas très intéressant.

* La 3ème séquence est celle sur un gamin passionné par les insectes. Un jour, il en capture un qu’il laisse échapper dans sa chambre. Pendant des années, il l’entend gratter dans son lit mais ne sait pas où il est. A la fac, il rencontre la sublime Laura. Après une nuit dans son lit d’enfant avec elle, il se rend compte au réveil que Laura est blessée au bras. De ce jour, la jeune fille ne le lâche plus, se consacre entièrement à lui et l’engraisse. Elle devient lui. Elle est aussi devenue l’insecte. Un beau jour, elle l’attache, entaille sa chair et y fait grandir son premier œuf. Le premier d’un interminable série. Elle et ses « enfants » le maintiennent en vie pour planter ses œufs dans sa chair. Il subit tristement et regarde par la fenêtre, n’attendant que le moment où il recevra ses médicaments pour supporter la douleur de son corps meurtri. Les dessins font penser aux vieux comics américains : un court très agréables à regarder.

* Sumako est une petite fille qui vient d’emménager avec ses parents dans un village dont les abords seraient hantés. Un jour, ses parents sont retrouvés assassinés. Un médecin inquiétant l’anesthésiée et lui ordonne de se souvenir, de comprendre ce qui s’est passé. Souffrance, peurs, humiliations par ses camarades, apparition d’esprits malins… Cette séquence est très bien ficelée, ponctuée des cris atroces de la petite et de sang. La gamine est attachante. Le design et le graphisme sont fortement référencés asiatique. Angoissant à souhait. Excellent.

* Un garçon revient où il vivait étant enfant et se souvient de la terreur qu’une bête mystérieuse provoquait dans le village. Des gens disparaissaient ou étaient retrouvés morts. Un crocodile servit de bouc émissaire mais le garçon sait au fond de lui qu’il s’agit d’un de ses amis, un être maléfique tombé du ciel. Séquence longue à laquelle on n’accroche pas vraiment. C’est cependant le moment du film qui permet de souffler et de digérer ce que l’on a vu avant.

* En pleine nuit, un homme arrive dans une maison vide et noire. Il s’installe, fait un feu pour se réchauffer, boit du whisky et tombe sur un album photo. Il comprend que la femme qui vivait là, éprouvait une haine incommensurable pour les êtres vivants et avait tué son mari. Au fur et à mesure, il va comprendre qu’elle est encore là. Les dessins sont très simples. L’intrigue est un peu trop lente mais l’apparition de la meurtrière dans sa robe à fleurs et un couteau dans le dos, redonne un peu de rythme.

* On retrouve encore la voix-off psychotique. C’est elle qui aura d’ailleurs le mot de la fin dans un délire à la « j’ai peur que l’on dise que je suis sympa. Comment as-tu trouvé ce film ? sympa. »

Je ne suis pas certaine que le qualificatif le plus approprié pour ce film soit « sympa ». Le résultat est plutôt surprenant et il est difficile de dire si l’on aime ou non. C’est curieux, parfois déroutant, dérangeant même. On est mal à l’aise, et selon les séquences on peut avoir envie de quitter la salle. Mais l’on reste, car on est tout simplement curieux de la suite. La musique et les bruitages ont un impact très important tout au long de la projection, grâce à des choix judicieux. L’utilisation du noir et du blanc créé un univers particulier, dont ne ressort qu’une touche de rouge pour le sang lors du dessin animé de Sumako. Voir ce film est une… expérience.

Anthony REVOIREnvoyer un message au rédacteur

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