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PAROLE DE KAMIKAZE

Un film de Masa Sawada
Avec

Un documentaire aussi fort que passionnant sur un sujet toujours plus d’actualité

Alors qu’il avait à peine 22 ans, Fujio Hayashi s’est engagé pour la première opération kamikaze menée par le Japon durant la seconde guerre mondiale. 70 ans après, il témoigne…

Le mot « kamikaze » nous renvoie inéluctablement à toutes ces images de terroristes armés d’une ceinture d’explosifs. Mais lorsque l’on s’attarde un peu plus sur ce vocable, d’autres visions, plus exotiques, nous parviennent, comme celles de jeunes japonais sautant d’un avion pour faire exploser l’ennemi américain. "Parole de kamikaze" s’intéresse à l’un de ces jeunes qui étaient prêts à se sacrifier au nom de l’Armée impériale japonaise. Ici, pas question d’essayer de dresser un panorama exhaustif de cette pratique ou de multiplier les images d’archives. Le film, dans un décor minimaliste, se compose uniquement des témoignages d’un homme face caméra : Fujio Hayashi. La vingtaine passée, il se porte volontaire pour une opération kamikaze. S’il ne partira jamais pour cette fameuse mission pour laquelle il s’était préparé durant 18 mois, il deviendra instructeur de ceux qui ont pris le chemin de cet aller simple.

Masa Sawada, connu pour être notamment le producteur de Naomi Kawase, aidé par le réalisateur français Bertrand Bonello, livre un objet cinématographique d’une froideur glaçante, aussi saisissant qu’intéressant, dont l’effet est renforcé par l’absence totale d’artifice. Jamais, le documentaire ne cherche à contextualiser son propos, à s’égarer dans des explications historiques. À peine, explique-t-on le fonctionnement des « Ohka » (fleur de cerisier), sobriquet poétique donné à ces petits avions sans moteur spécialement conçus pour les opérations kamikazes. Parce que le vrai sujet n’est pas tant ces missions suicides, mais plus le rapport à la mort, les raisons qui peuvent amener un jeune à désirer tout sacrifier au nom de sa dévotion pour l’Empereur.

Calmement, Fujio Hayashi décrit l’insupportable sans sourciller, mais avec de longs silences remplis de culpabilité. Il raconte alors comment il pleurait chaque fois après avoir envoyé l’un de ses camarades à la mort en remplissant un simple bout de papier. Pourtant, lui ne rêvait que de prendre cet avion. Paradoxe intéressant qui en dit beaucoup sur la culture japonaise du sacrifice de soi. Bref, intense et brut, le documentaire aurait peut-être mérité un autre point de vue et quelques précisions pour nous permettre de saisir toute sa complexité. Mais l’expérience ne laisse pas indemne…

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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