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PACIFIC RIM

Un film de
Avec

Robots rock

Oubliez « Transformers », sa bouillie d’images désincarnées, son humour consternant et son action illisible. Avec « Pacific Rim », Guillermo del Toro vient s’adresser au petit garçon enfoui en chacun de nous, celui qui s’extasiait gamin devant les diffusions TV de Goldorak. Le succès récent de la réédition DVD de ce dernier a démontré l’attachement persistant de tous ceux ayant grandis dans les années 80 à cet imaginaire peuplé de robots et de monstres gigantesques. Fort d’une ligne scénaristique limpide (d’aucuns diront simpliste), « Pacific Rim » fonctionne autour d’enjeux définis d’emblée dans le prologue narré par le personnage de Charlie Hunnam. Une façon pour le cinéaste de plonger le spectateur dans un univers immédiatement cohérent et balisé, se suffisant à lui-même, obtenant de facto son adhésion à une histoire purement fantastique. En circonscrivant la naissance de la guerre Jaegers / Kaijus à ces premières minutes, le cinéaste concentre ainsi son récit sur le climax du conflit, faisant des batailles homériques entre les 2 types de « monstres » le cœur visuel de son film.

Même s’il s’en défend, les Kaijus de del Toro renvoient aux Anciens de H.P. Lovecraft (ndlr : des monstres ancestraux qui sommeillent sous terre depuis la nuit des temps). Après l’annulation du tournage des « Montagnes Hallucinées », adaptation du célèbre roman attendue de longue date, del Toro trouve en « Pacific Rim » un formidable exutoire et l’occasion de réaliser un film de monstres autant qu’un film-monstre. Visuellement, le résultat est époustouflant, la mise en scène souvent épique du cinéaste renvoyant aux bastons dantesques du manga « Evangelion », référence à laquelle del Toro paie largement son tribu. Loin du vacarme et de la vacuité d’un Michael Bay, le film enchaîne les morceaux de bravoure aussi virevoltants que lisibles, forts d’une prodigieuse science des couleurs et des lumières, qui atteint son paroxysme lors de l’attaque de Hong Kong, filmée de nuit à la lueur des néons de la ville. Une séquence fulgurante qui surclasse tout ce que l’on a pu voir dans un blockbuster ces 5 dernières années. Si les affrontements sont la raison d’être du film, et constituent en cela une sorte de fantasme de geek ultime, à qui l’on aurait promis un duel au sommet entre ses figurines Goldorak et Godzilla, il n’en reste pas moins que comme dans « Hellboy », del Toro se plaît à agiter autant notre rétine que notre fibre émotionnelle.

Quand bien même la relation entre les deux pilotes reste assez superficielle, quand bien même les seconds rôles n’échappent pas à certains clichés (un scientifique tendance geek tout droit sorti d’un épisode de Big Bang Theory ; le rival jaloux du héros …), on retrouve l’auteur du « Labyrinthe de Pan » au détour d’une sublime scène citant ouvertement « Les Chaussons Rouges » de Powell (pas évident dans un blockbuster à 200 millions de dollars !), garant d’un supplément d’âme qui s’inscrit dans l’ensemble du film. Le tournage dans des décors gigantesques « en dur » participe ainsi de cette sincérité qui imprègne chaque plan, chaque réplique, et ce jusque dans l’investissement d’acteurs concernés, avec en tête le charismatique Idris Elba, dont chaque apparition est à la hauteur du film, c’est-à-dire monstrueux.

Thomas BourgeoisEnvoyer un message au rédacteur

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