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ORLANDO, MA BIOGRAPHIE POLITIQUE

Un film de Paul B. Preciado

Les 1000 vies d’Orlando

Reprenant l’histoire d’Orlando, tiré du livre éponyme de Virginia Woolf, Paul B. Preciado écrit une lettre à l’autrice en expliquant ce qu’est devenu Orlando en 2023, en traversant les époques. En réunissant un casting de personnes transgenres, Paul B. Preciado brosse un portrait toute en poésie et en politique…

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Vu en avant-première lors du festival Chéris-Chéris, en présence de certains protagonistes du film.

Paul B. Preciado est d’abord connu pour ses écrits sur la transidentité et ses réflexions sur la question queer. Massivement distribués et vendus, ses essais ont fait de lui un des théoriciens queer les plus influents. Il prolonge ici ses réflexions en synthétisant engagement politique, travail de l’image et travail de Virginia Woolf – l’autrice d’"Orlando" –, dont il s’inspire largement pour ce documentaire (ou plutôt docu-fiction, tant il joue avec les codes).

"Orlando", c’est ce livre écrit en 1923, racontant l’histoire d’un jeune homme au début de sa vie qui, lors d’un séjour à Constantinople comme représentant de sa Majesté le Roi, se réveille un matin femme. Ce roman, qui évoque pour certains les propres sentiments de Virginia Woolf, Paul B. Preciado annonce le reprendre dès l’introduction de son film. Le but est clairement affiché : si le roman se déroule entre le XVIe siècle et 1928, le réalisateur veut raconter la suite de la vie d’Orlando en y mêlant sa propre biographie. Car il a le sentiment que Virginia Woolf a écrit sa vie il y a déjà 100 ans. Alors plutôt que de proposer une biographie classique, Paul B. Preciado raconte Orlando : tous.tes les Orlando, lui compris, qui ont vécu ce parcours.

Mêlant petites saynètes et interviews face cam, le film oscille entre composition classique de documentaire et essai filmographique. 24 Orlando racontent la vie d’un trans aujourd’hui en reprenant l’histoire d’Orlando ou la leur. Le film entend montrer la multiplicité et la fluidité de ces Orlando, en récusant un discours unipersonnel porté par des personnages ayant tous suivi – ou suivant – un parcours de transition. Finalement, face aux problèmes d’état civil, à la transphobie, et aux détresses diverses que peuvent rencontrer des personnes trans, ce sont tous.tes les Orlando qui parlent dans la voix d’un.e seul.e. Aussi, cette multiplicité fondue dans l’individu permet de rendre d’autant plus forte la voix et le message qu’ils et elles portent.

Évidemment, si tout n’est pas constant et si certains moments peuvent paraître plus ou moins longs – le documentaire faisant tout de même 1h40 –, le film impressionne par son inventivité, son humour et sa maîtrise formelle et narrative. Paul B.Preciado signe ici un très bon documentaire qui propose à la fois une réflexion artistique et politique. Une réussite.

Valérian BernardEnvoyer un message au rédacteur

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