Parce qu'on en a jamais assez !

L'ODYSSÉE

Un film de Jérôme Salle

Un portrait de famille captivant

L'incroyable destin de la famille Cousteau, vue au travers des rapports entre un marin inventeur du scaphandrier, sa femme, et ses deux fils...

"L'Odyssée" s'ouvre sur l'accident d'hydravion qui coûta la vie à Philippe Cousteau (Pierre Niney dans le film). En quelques superbes images, entre ciel et mer, se fige un drame qui marquera à jamais cette famille, comme le monde de la plongée et de l'exploration sous-marine. Il est temps alors pour Jérôme Salle, de monter son film en un grand flash-back, retournant en 1949, à l'époque où le Commandant décida de démissionner de l'armée pour mieux se consacrer à la mer et à ses secrets. Avant La Calypso ses missions et son gouffre financier, avant les films et séries, alors que le ciel était encore totalement pur, comme l'image de cet homme, père et mari aimant, pourtant déjà obsédé par son désir d'invention et de célébrité.

Sur près de deux heures, l'auteur de "Largo Winch" et "Zulu", nous propose un biopic à la fois instructif et solaire, explorant un microcosme à l'avant garde de la technique (Cousteau est l'un des pères avec ses équipes des principales inventions liées à la plongée, tel un scaphandre autonome précurseur des combinaisons de plongée actuelles...), un monde d'hommes où la femme a difficilement sa place (magnifique Audrey Tautou en femme trompée), tout en donnant à l'idée d'exploration une certaine poésie.

Le scénario parvient ainsi dans un premier temps à montrer la puissance évocatrice de cet homme, parlant d'un monde où « les hommes ne sont plus que des bulles », séduisant une audience en parlant du « bleu » de l'océan, ou convainquant des investisseurs multiples. Accélérant le rythme au fil des succès qui s’enchaînent (dont la fameuse Palme d'or pour "Le monde du silence", ou le poste de directeur du musée océanographique de Monaco), il s'attarde ensuite sur quelques événements qui feront sa relation mouvementée avec l'un de ses deux fils, Philippe (le rapport à l'image, les contrats successifs à l'international, l'ignorance de l'écologie au profit de la légende...).

En forme d'ascension puis de chute, le récit se borne ainsi à décortiquer un rêve de grandeur et d'universalité qui exclue initialement les autres individus autour d'un personnage égocentrique interprété avec force et retenue par Lambert Wilson. La qualité de la photo, la beauté de la partition signée Alexandre Desplat, la profondeur du scénario dans sa caractérisation des personnages, tout comme la puissance de certaines scènes, font de ce film une œuvre avant tout humaine, relatant la difficulté à exister face à un tel mari ou un tel père. Un film magnifique, qui sans cacher l'exploit, réussit donc à émouvoir par sa belle sensibilité, le parallèle avec Ulysse n'étant au final que plus juste.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire