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LA NUIT A DÉVORÉ LE MONDE

Un film de Dominique Rocher

Un film de genre atypique et ambitieux qui ne tient pas toutes ses promesses

Durant une soirée chez son ex, Sam s’isole et s’endort. À son réveil, il se rend compte que le reste du monde a été transformé en zombies. Dernier homme sur Terre, il va donc devoir organiser sa survie…

Un "Walking Dead" à la française ? Plutôt un drame hexagonal parsemé d’apparitions surnaturelles. Pour son premier long métrage, Dominique Rocher a osé s’attaquer au film de genre, et plus précisément aux récits survivalistes face à une invasion (ici, de zombies donc). Pour autant, "La nuit a dévoré le monde" n’a rien de semblable avec ses homologues contemporains. Car les morts vivants ne sont qu’un prétexte pour traiter le véritable sujet de cette œuvre singulière : la solitude. Si Sam se réveille un matin en découvrant qu’il est le seul survivant à une étrange pandémie, son premier réflexe est d’organiser son quotidien plutôt que de chercher autrui. Précisément parce qu’il s’est senti isolé toute sa vie. La caméra sera alors autant une plongée enivrante au cœur d’un Paris désert qu’une autopsie de la psyché de ce jeune homme introverti.

À mille lieux de la surenchère d’hémoglobine prétendument de coutume dans ce genre ultra-codifié, le réalisateur va préférer les mouvements lents, un minimalisme esthétique et une bande-son soignée. Le sang apparaît plus sur les murs que sur de potentiels assaillants, ceux-ci demeurant un hors champ presque anecdotique. Si le parti-pris naturaliste est osé, le résultat est lui quelque peu déroutant, le classicisme d’auteur de l’ensemble finissant par annihiler tout enjeu dramatique. Après avoir installé son postulat et présenter son protagoniste comme un as de la survie, "La nuit a dévoré le monde" tourne tristement en rond, à l’image de ce personnage principal essayant tant bien que mal d’effectuer son jogging quotidien. Si l’on peut interpréter ces quatre-vingt-dix minutes comme une matérialisation métaphorique des angoisses d’un être replié sur lui-même, la poésie s’efface inexorablement au fur et à mesure d’une narration apathique. Et c’est bien dommage…

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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