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NON MA FILLE, TU N'IRAS PAS DANSER

Apre et percutant

Depuis qu'elle s'est séparée de Nigel, Léna traverse la vie comme elle peut avec ses deux enfants. Elle triomphe avec vaillance des obstacles semés sur leur route. Mais il lui reste à affronter le pire : l'implacable bonté de sa famille, qui a décidé de faire son bonheur...

Après « Dans Paris », « Les chansons d’amour » et « La belle personne », Christophe Honoré signe une œuvre toujours aussi sensible mais cette fois, plus sombre et plus dérangeante. C’est le portrait d’une femme perdue et désabusée, qui tente de s’en sortir malgré le perpétuel soutien de sa famille. Car le problème de Léna est à l’intérieur, la vie ne lui a pas donné ce qu’elle en attendait, et elle seule peut mettre un terme à la souffrance qu’elle subit et qu’elle transmet à sa famille. Incomprise, elle ne trouve pas l’équilibre entre son mal être et l’amour ou du moins la compassion qu’elle reçoit de la part de ses proches, que ce soit sa famille, sa belle-famille, son ex-mari, son ex-amant ou même ses propres enfants…

Chiara Mastroianni incarne à merveille Léna, entre explosions de rage et émotions contenues (je prédis une nomination au César). Le reste de la distribution est sans fautes, notamment Jean-Marc Barr en ex-mari compréhensif, et Marina Foïs en croustillante sœur en cloque. On pourrait juste regretter que Julien Honoré, qui interprète le frère de Léna, joue à la virgule près comme Louis Garrel, reprenant ses mimics de langage et sa gestuelle, aussi quand celui-ci apparaît à l’écran, il n’y a pas photo.

Une grande partie du film se déroule en Bretagne, grand changement pour Honoré qui tournait toujours à Paris. Mais si les décors changent, les thèmes de prédilections du cinéastes restent. On sait qu’il avait commencé sa carrière en écrivant des livres pour enfants. Il n’est donc pas surprenant que la scène-clé du film vienne d’un enfant. Le fils de Léna a en effet écrit une petite histoire que le réalisateur met véritablement en scène pour illustrer la clairvoyance de ce jeune esprit que le spectateur peut voir mais qui est vraisemblablement ignoré par les personnages du film.

Il y a dans ce film peut-être moins de fantaisie que dans les précédents, mais le film n’en demeure que plus âpre et donc plus percutant. Pour découvrir la nouvelle œuvre de ce cinéaste qui ne cesse de devenir une grande figure du cinéma français, je dis : Oui, mon lecteur, tu iras voir le dernier Honoré.

Rémi GeoffroyEnvoyer un message au rédacteur

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