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NINJA TURTLES 2

Pas terrible, cette nouvelle soupe de tortues…

Depuis les récents événements qui ont menacé leur ville d’une totale destruction, les Tortues Ninja continuent d’agir dans l’ombre, laissant à leur ami Vernon Fernwick le soin de passer pour le sauveur de la ville. Le jour où leur ennemi juré Shredder s’évade avec l’aide d’un savant fou (Baxter Stockman) et de deux condamnés à mort particulièrement bêtes (Rocksteady et Bebop), les quatre frères vont devoir prendre le risque de passer de l’ombre à la lumière. D’autant qu’une nouvelle menace s’ajoute aux terribles plans de Shredder : le démoniaque Krang débarque de la dimension X avec son arme secrète, le fameux Technodrome, capable de détruire l’humanité…

Cela n’aura échappé à personne : au vu d’un succès timide en salles et d’un massacre critique assez général, le premier "Ninja Turtles" n’a pas convaincu la majorité des fans. Et il y avait pourtant de quoi se sentir flatté de revoir les héros de notre enfance ressusciter sur grand écran dans une forme aussi fun et survitaminée. Du coup, rien de mieux qu’une suite encore plus chargée en action et en humour pour convaincre les réfractaires. Or, à l’arrivée, on peut davantage supposer que ces derniers en viendront à reconsidérer leur jugement sur le premier film après avoir dégusté cette nouvelle soupe de tortues. Quand on étudie en détail la recette, il y a en effet de quoi se sentir arnaqué : tout y est à nouveau, avec l’inventivité en moins et la débilité en plus.

Passe encore que nos quatre Tortues Ninja n’évoluent jamais et restent invariables dans leur caractérisation d’origine (le bôgoss, le chef, le savant, le bad boy : merci, on a compris…). Passe encore que le scénario n’aille pas plus loin que celui du précédent film : en gros, Shredder veut « dominer le monde » (cette phrase veut-elle dire encore quelque chose aujourd’hui ?) et il faut l’en empêcher. Passe encore que Megan Fox et ses deux équipiers (dont le nouveau venu Casey Jones et sa crosse de hockey) soient juste là pour faire acte de présence et pour sortir deux ou trois phrases sans aucun intérêt. Mais là où l’on peut légitimement s’énerver, c’est en voyant le soin d’écriture et de mise en valeur accordée aux nouveaux personnages du film, pour le coup assez nombreux et susceptibles de reconnecter illico les nostalgiques du dessin animé à leur madeleine de Proust.

En gros, pour accompagner un Shredder qui passe 90% du film sans son casque et qui passe ici clairement pour un despote sacrément empoté, on aura droit au démoniaque Krang, au savant fou Baxter Stockman ainsi qu’au tandem Rocksteady/Bebop. Le premier est le seul point fort du film, présentant un look à la fois terrifiant et retravaillé ce qui le rend particulièrement imposant dans ses rares apparitions (dont un combat final homérique dans un Technodrome en formation). Le second n’est plus cet homme-mouche psychotique qui avait tant marqué, mais un riche scientifique qui passe tout le film à rouler des mécaniques en pensant déjà à son intronisation dans l’Histoire de la science – ce qui le rend aussi ridicule qu’exaspérant. Quant aux deux derniers, présentés depuis un moment comme la grande attraction du film, leur degré de bêtise outrancière et les concours de pets qu’ils se lancent en boucle ne suscitent rien d’autre que la désolation. À ce stade, le résultat s’avère moins proche de la série animée que d’une pochade régressive mal torchée par Nickelodeon.

Il vaut mieux ne pas trop compter sur la mise en scène pour intensifier cette suite d’affrontements : tout s’avère ici d’une rare mollesse (au mieux) ou totalement illisible dans son abus de loopings de la caméra (au pire), un peu comme si le réalisateur ne savait plus où donner de la tête dans le spectacle (beaucoup trop) gourmand qu’il nous balance à la gueule sans réfléchir. Même les effets spéciaux en arrivent à susciter le malaise à force d’être omniprésents, au point même que l’on se demande souvent ce qui est réel ou non dans le film. De là à dire que nos tortues adorées nous ont filé un horrible mal de crâne, il n’y a qu’un pas. Mieux vaut donc revoir à tête reposée le premier épisode signé Jonathan Liebesman, et oublier cette mauvaise suite sans regrets.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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