Banniere_Festival_Animation_Annecy_2020

NES EN 68

Une saga humaniste inégale

1968: Catherine, Yves et Hervé ont vingt ans, sont étudiants à Paris et s'aiment. La révolte du mois de mai bouleverse leurs existences. Gagnés par l'utopie communautaire, ils partent avec quelques amis s'installer dans une ferme abandonnée du Lot. L'exigence de liberté et la recherche de l'accomplissement individuel les conduisent à faire des choix qui finissent par les séparer. 1989: les enfants de Catherine et Yves entrent dans l'âge adulte et affrontent un monde qui a profondément changé : entre la fin du Communisme et l'explosion de l'épidémie de sida, l'héritage militant de la génération précédente doit être revisité...

Le récit s’inscrit de façon chronologique, nous permettant ainsi de suivre l’évolution d’un groupe sur deux générations. Le début du film évite avec intelligence la traditionnelle mise en images de la révolte parigo-estudiantine de mai 68 pour se concentrer sur un noyau de jeunes femmes et hommes totalement en phase avec le contexte historique et politique. Leur décision de partir fonder une communauté est montrée comme une volonté de concrétiser et d’assumer jusqu’au bout leurs idéaux: amour libre, refus du capitalisme, échange et tolérance.

Le personnage de Laetitia Casta, Catherine, représente la figure centrale de ce groupe qui se délite peu à peu. En effet, les clichés lyriques sur Mai 68 sont peu présents, le film montrant la difficulté d’être fidèle à soi avant tout, de trouver sa place dans un système que l’on souhaite différent mais qui n’en demeure pas moins une organisation avec ses codes propres, qui normalise ou exclut.

Les réalisateurs (auteurs de «Jeanne et le garçon formidable», «Crustacés et coquillages», « Drôle de Félix ») n’ont malheureusement pas fait des choix très audacieux au niveau de la mise en scène, somme toute assez classique dans l'événementiel et bien trop télévisuelle. La première partie du film penche vers le naturalisme, établissant une sorte de focus sur le quotidien de cette communauté qui cherche sa vérité à travers l’exaltation et l’acceptation des sentiments, des rapports humains et des positionnements de chacun.

La seconde moitié est davantage démonstrative, à la limite du didactique, ce qui en fait un véritable élément en la défaveur de «Nés en 68». En effet, chaque personnage devient l’emblème d’une époque: le professeur de lettres gauchiste et désabusé, le jeune homosexuel qui lutte à la fois contre le sida et l’exclusion des sans-papiers, la jeune femme informaticienne capitaliste... A trop les ériger en symboles historiques, la crédibilité des personnages se fissure. Tantôt idéalistes, combatifs ou naïfs, ils perdent leurs failles et leur unicité dans cet univers manichéen qui a du mal à toucher le spectateur.

Néanmoins, le film a le mérite d’exister et d’être à la fois un témoignage et une prise de recul sur des événements contemporains. Il relève le défi ambitieux de figurer non pas une période de l’histoire mais ses répercussions sur le long terme. Les relations inter-générationnelles, celles de couple, tout cela sonne vrai et dépeint avec justesse les influences des choix des adultes sur leurs enfants, la façon dont le rapport au monde de chacun se transmet. Les acteurs sont tous très convaincants, avec une mention spéciale à Laetitia Casta qui interprète avec justesse et conviction son plus beau rôle jusqu’à maintenant.

Camille ChignierEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire