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MY DAUGHTER

Faux-semblant troublant

Dans une petite ville de Malaisie, une jeune fille assiste avec colère à la déchéance de sa mère, une femme volage violentée par son dernier amant. Liées par un sentiment complexe d’amour et de haine, les deux femmes s’affrontent tout en se protégeant, avant que ne survienne l’irréparable...

Assistante de Tsai Ming Liang sur “I don’t want to sleep alone” et de Ang Lee pour “Lust caution”, la jeune Charlotte Lim Lay Kuen réalise avec peu de moyens un premier long-métrage fascinant. Tourné en numérique, dans les décors naturels de sa ville natale (ravagée par un incendie il y a quelques années et laissée en l’état par les autorités), “My daughter” montre en 1h16 toutes les facettes d’une relation mère-fille équivoque, proche de la fratrie, à une phase décisive de leur vie. A l’aide de plans fixes qui soulignent la promiscuité des deux êtres, et de nombreuses séquences où elles se confondent carrément (lorsqu’elles sont à deux sur un même vélo, ou lors de scènes hors-champs où leurs voix se mélangent), la réalisatrice semble prendre un malin plaisir à brouiller les pistes, renforçant l’impression d’inter-dépendance entre la mère et sa fille.

Dialogues rares, musique minimaliste, ellipses et non-dits... “My daughter” est à la fois contemplatif et viscéral, le genre de film qui suscite de nombreuses interrogations après sa projection. Pourquoi cette fille si révoltée par l’attitude de sa mère la protège-t-elle autant ? Qu’est-ce qui la torture au point de la faire se tordre de douleur ? Qui est cet homme que l’on voit au loin sur un pont et qui regarde vers le bas ? Et ce rêve récurrent que raconte la fille à son ami, que signifie-t-il ? Chacun est libre, évidemment, d’interpréter ces images, situées entre rêve et réalité, qui ponctuent le film. La scène finale, véritable mirage, présente notamment une valeur symbolique forte, qui donne au film tout son sens et ouvre de multiples perspectives au spectateur.

Bien sûr, l’aspect un brin épuré du film et sa dimension allégorique a de quoi rebuter, rappelant certains métrages expérimentaux singapouriens ou thaïlandais découverts en festival. Mais sa courte durée, qui rend l’expérience accessible, et sa beauté globale (beauté des cadrages, de la photographie, des actrices) font de “My daughter” un film digne d’intérêt, qui a d’ailleurs reçu (et c’est tant mieux !) le prix de la critique internationale au 12e festival du film asiatique de Deauville. A voir, maintenant, s’il séduira au point d’être distribué dans nos salles.

Sylvia GrandgirardEnvoyer un message au rédacteur

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