Banniere-Berlinale-2019

MORT À SARAJEVO

Un film de Danis Tanović

Une impitoyable évocation de l'impuissance de l'Europe

Un grand hôtel de Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine, un jour de commémoration. Alors qu'une délégation de l'Union Européenne s'installe et qu'une interview importante a lieu sur le toit, les employés (non payés depuis deux mois) sont sur le point de faire la grève...

Nouveau film de Danis Tanović, auteur entre autres de "No man's land" et de "La femme du ferrailleur"), "Mort à Sarajevo" est reparti du Festival de Berlin 2016 avec un Grand Prix fort mérité. Oeuvre complexe au montage habile, le film conte en parallèle trois intrigues se déroulant dans un hôtel de Sarajevo. Il s'impose ainsi en parabole politique (au travers notamment de la position même des différents protagonistes à l'intérieur de l'immeuble : médias au sommet, mafieux au sous-sol) et en plaidoyer pour la réconciliation de peuples des Balkans, ceux-ci ayant tout de même des racines culturelles communes.

Alignant de nombreux plans séquences traduisant l'agitation interne de l'hôtel ou celle des protagonistes, Tanović fait progressivement monter la tension à tous les niveaux. Sur le toit, alors qu'une émission télé se tourne abordant avec divers invités l'histoire de la Yougoslavie et principalement l'assassinat de Franz Ferdinand par Gravilo Princip, les personnages mettent en perspective l'incapacité des peuples à communiquer et à reconnaître leurs erreurs. Dans l'hôtel, un homme répète un discours mettant en cause la défaillance de l'Union européenne face à des dictateurs ou politiques belliqueux. Au même moment, la plupart des travailleurs s'apprêtent à une rébellion face à des patrons acoquinés aux politiques ou aux mafias locales. Enfin au sous-sol, les mafieux règnent en maîtres, usant d'argent et de violence.

S'il fustige intelligemment le rôle des médias tout comme la politique spectacle, "Mort à Sarajevo" s'impose en réflexion tourmentée sur la prévention de la violence, la nature des génocides, la différence entre protéger et espionner, usant à merveille d'un casting multi-figures et d'une caméra agile. Un film incontestablement brillant, qui, s'il démarre un peu mollement et de manière très bavarde, réserve quelques surprises, et s'achève sur un constat amer et quelques scènes choc.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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