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MONSIEUR FLYNN

Un film de Paul Weitz

Une petite surprise, aussi discrète qu’émouvante

L'histoire du film est inspiré du livre-mémoires de Nick Flynn, basé sur sa propre vie. Nick travaille dans un centre pour sans-abris de Boston quand il croise son père Jonathan, ex-chauffeur de taxi, ex-escroc, écrivain jamais publié. Si Nick essaie de trouver un sens à sa vie sans son inconnu de père, il doit maintenant lutter contre l'envie de renouer une fois de plus avec lui.

Quand Nick revoit son père après plus de 18 ans, c’est pour l’aider à déménager ses affaires dans un garde-meubles. Rencontre étrange et improbable, à l’instar de la relation père-fils qui a toujours ‘‘existé’’ (en pointillés) entre ces deux hommes.

Pendant toutes ces années, chacun avance tant bien que mal. Nick essaye d’écrire son propre roman, tout en lisant les lettres de son père, qui s’est toujours comparé aux grands JD Salinger et Mark Twain. Nick passe son temps à essayer de tracer son propre chemin et d’éviter de suivre celui de ce père presque inconnu et pourtant si présent. Jonathan, lui, passe de chauffeur de taxi (le film commence par De Niro conduisant un taxi jaune) à sans domicile fixe, toujours égal à lui-même : homophobe, raciste et persuadé que son talent sera un jour reconnu. Et puis le destin finit par jouer son rôle, et faire croiser les chemins du père et du fils. Les rôles sont semble-t-il inversés : qui s’occupe de qui ? Pourtant, comme tant de relations parent-enfant, les choses ne sont jamais aussi simples et évidentes.

De cette histoire familiale, dont chaque élément est rattaché à l’autre grâce aux mots et aux lettres du père, Nick Flynn en tirera un très beau livre (« Another bullshit night in suck city »), dont le film est une adaptation. Paul Weitz (à qui l’on ne doit pas grand chose à part « About a boy » et « American Pie »...) réalise ici un film sensible et noir, offrant à Robert de Niro l’un de ses meilleurs rôles ces dernières années. Arrogant au plus haut point mais touchant, raciste et cultivé, menteur mais honnête, De Niro est Flynn. Quant à Paul Dano, les critiques sont de nouveau partagées concernant son jeu d’acteur. Cette espèce de passivité et de mollesse avec lesquelles il occupe le personnage de Nick laisse perplexe. Mais Nick n’est-il pas justement ce jeune homme perdu, passif, qui attend que son quotidien croise celui de son père ?

Le film agacera probablement certains, à cause notamment de passages parfois trop lents et de personnages agaçants, tout autant qu’il en touchera d’autres par la réalité crue du monde de la rue qu’il dépeint, et par la tristesse de ces destins perdus sur des grilles de métro. Tout cela, finalement, par amour de la poésie.

Stéphanie PalisseEnvoyer un message au rédacteur

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