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MIRACLE A SANTA-ANNA

Un film de Spike Lee

Un "Indigènes" indigeste

New-York, 1984. Un postier afro-américain au guichet tire soudainement sur un homme lui ayant demandé un simple timbre. Après investigations, la police découvre que l'inculpé est un ancien combattant décoré de la seconde guerre mondiale et elle trouve chez lui une pièce de statue antique provenant d'Italie. Espérant des réponses, un journaliste parvient à obtenir un tête à tête avec le prévenu. L'homme se rappelle…

En considérant ce film et la révélation finale de son précédent et brillant opus, il semblerait que Spike Lee ait une dent contre l'implication des Etats-Unis dans la seconde guerre mondiale. En grand défenseur de la cause noire américaine, il nous livre aujourd'hui sa version d'"Indigènes".

Débutant comme un polar, "Miracle à Santa-Anna" bifurque ensuite vers le film de guerre avec une très belle scène d'ouverture mettant en lumière le rôle joué par les minorités de l'armée américaine dans la seconde guerre mondiale. Bien que ces premières séquences soient très prometteuses (on y retrouve la patte du metteur en scène Yankee, fusionnant film dénonciateur et film de genre), Spike Lee se perd ensuite dans une étrange histoire de mysticisme, d'amitié et de foi, abandonnant quelque peu son propos initial.

En fait, la plus grosse faiblesse du film apparaît être la cacophonie des thèmes abordés. Lee se perd et en fait des tonnes. "Miracle à Santa-Anna" est criblé de symboles lourdingues (gros plans sur les insignes de la Wehrmart, musique patriotique à foison) mais aussi de séquences montées sans finesse, comme cette prière unissant trois peuples. Plutôt décevant de la part d'un réalisateur qui parvenait, jusqu'alors à nous faire saisir son engagement, par de petites touches de révoltes habilement disséminées dans ses films de genre.

Néanmoins, si l'on met de coté le manque de subtilité de la dénonciation et, surtout, le dernier quart d'heure du film, bien trop larmoyant pour nous y prendre, on retrouve tout de même la maîtrise du cinéaste sur toute la partie à Santa-Anna. Ainsi, Lee parvient à nous faire tenir la longueur des 2h40 du métrage et c'est bien là une prouesse, compte-tenu des faiblesses du film.

En bref, si vous voulez du spectacle et des larmes, redécouvrez "Il faut sauver le soldat Ryan", et si vous cherchez un hommage aux soldats issus de l'immigration, préférez le film bien plus abouti de Rachid Bouchareb.

Anthony REVOIREnvoyer un message au rédacteur

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