MINAMATA

Un film de Andrew Levitas

Portrait raté... d’un homme, comme d’une cause noble

Un photographe renommé, divorcé, alcoolique, détesté par ses fils, rencontre une japonaise lors du tournage d’une publicité pour une marque de pellicule photo couleur… lui qui n’a jamais fait que des photos noir et blanc. Touché par des éléments qu’elle lui donne, il convaincra le patron de Life Magazine de l’envoyer dans le village de Minamata, au Japon, où enfants et adultes sont touchés par une malade liée à la pollution au mercure…

Minamata film image

Il y avait là un sujet en or. Raconter au travers du regard du photographe W. Eugene Smith, la pollution au mercure dont furent victime dans les années 70 des milliers de villageois et leurs descendants. Tentant de filmer avec pudeur les malformations (doigts retournés, crampes bloquées, membres atrophiés...) qui sont dévoilées progressivement, Andrew Levitas se perd cependant dès le départ en voulant aussi embrasser les traumas du photographe, son alcoolisme prononcé et la fin d’un certain mode de photo reportage.

S’attachant trop à décrire les états d’âmes de son personnage central, qui est persuadé qu’il déçoit tout le monde, ce dernier n’a pourtant au final aucune consistance. Pas plus que son art de la photographie, maladroitement mis en scène, non seulement par des transitions de la couleur au noir et blanc, mais surtout par un sur-découpage de certaines scènes, sensées sans doute évoquer une séance de photo-shooting, mais totalement inadaptée dans leur usage simultané du ralenti. A cette image, rapidement les décisions ou les causalités semblent trop rapides ou faciles, tandis que le scénario installe de faux suspenses (les photos en douce à l’hôpital, la proposition de pot de vin faite symboliquement « au sommet »...).

La finesse n’est donc pas au rendez vous, qu’il s’agisse de représenter les cauchemars du héros, à base de photos de guerre, ou quand après une sur-dramatisation explicite de l’actrice, on a droit à une belle leçon de photographie résumée en : ne laisse jamais ton émotion prendre le dessus. Si le travail sur la couleur donne le change un temps, tout semble aller en permanence trop vite. Reste une très belle bande originale (signée Ryūichi Sakamoto), qui malgré tous ses efforts ne parvient pas à faire déborder l’émotion. Heureusement, les fameuses vraies photos, qui nous sont enfin dévoilées dans les dix dernières minutes, parlent pour elles mêmes.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

BANDE ANNONCE

Extraits de la conférence de presse à la Berlinale 2020 :

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