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MIDSOMMAR

Un film de Ari Aster

Les fleurs du mal

Après la mort de ses parents et de sa soeur, la fragile Dani décide de suivre son petit ami qui part en voyage en Suède avec plusieurs compagnons, pour vivre un séjour dans une communauté mystérieuse…

Midsommar film image

Les meilleurs films d'horreur sont rarement les plus effrayants, ce sont simplement de très bons films capable d'instaurer une ambiance inquiétante et envoutante. "Midsommar" en est une nouvelle preuve. Il s'agit d'une relecture, et non pas d'un remake, du "Wicker Man" ("Le dieu d'osier") réalisé en 1973 par Robin Hardy avec Christopher Lee. Elle prend la forme d'une reprise thématique fidèle en esprit, mais bien éloignée de l'intrigue originelle.

Rien ne laissait présager de ce que renfermerait l’œuvre, celle-ci étant bâtie sur un noyau dur qui reprend les codes classiques du genre : encore et toujours une bande de jeunes qui partent à l'aventure et se retrouvent dans un environnement d'apparence bienveillant mais qui se révèlera finalement hostile. Ce noyau va pourtant se retrouver enrobé avec délicatesse dans un écrin cauchemardesque qui lui donnera toute sa saveur.

Tout commence avec des forêts enneigées, glacées et sombres, qui reflètent l'état d'esprit de l'héroïne au commencement. Vivant dans un profond malaise, qui s'accentuera après son drame familial, elle profitera de la première occasion pour changer de décor. En Suède, ce sont de vastes étendues de verdure, plongées sous un soleil éclatant qu'elle découvrira. Un paysage propice à un changement complet d'état mental. Tout au long de son parcours, le trouble s'insinuera progressivement, avec les non-dits, les chocs et les étrangetés. Pour elle, l'incompréhension ira crescendo, mais elle continuera inexorablement à se fondre dans un environnement qui lui permet d'exorciser ses traumastismes intérieurs en les noyant dans un soupir collectif.

La communauté décrite est un rêve hippie, qui en reprend tout les codes : drogues, fleurs, sexualité ouverte, art coloré et symbolique... Une culture dont on sait depuis Charles Manson qu'elle peut aussi renfermer une face sombre. Ce décor nous offre une plongée dans un univers onirique à la croisée de Jodorowsky, Alice au pays des merveilles et du "Sacrifice" de Tarkovski : un tourbillon ensorcelant qui nous enserre lentement dans un trip psychédélique figurant l'harmonisation avec la nature et la force du collectif; un balai entraînant, regorgeant de couleurs, avec une profusion de fleurs qui enveloppent les images pour en faire des tableaux à la fois vivants et mouvants.

On balance ainsi entre le rêve et la réalité, grâce à une prouesse artistique digne du "Mother" de Darren Aronofsky. Le cinéaste se débrouille avec seulement un terrain d'herbe et quelques maisons en bois, qui lui permettront pourtant d'explorer pleinement son petit monde, faisant ainsi preuve d'un sens de l'espace remarquable. Celui-ci est accompagné d'un réçit très structuré, dans lequel chaque scène et chaque plan trouvent leur utilité. C'est tout simplement une leçon de mise en scène à laquelle nous assistons.

On reconnaît bien le style du réalisateur : multiplication des ruptures de ton visuelles et sonores, fascination pour les visages déformés, jeu sur la profondeur de champ... Il se positionne pourtant en opposition totale avec la noirceur qui caractérisait la photographie de son précédent film "Hérédité", grâce aux images somptueuses de son chef opérateur, Pawel Pogorzelski, ici créateur d'un songe coloré et empoisonné.

Ari Aster s'impose donc définitivement comme l'un des metteurs en scène les plus prometteurs de l'époque. On le retrouve à travers le personnage du film qui écrit une thèse sur la communauté. Lui aussi se passionne visiblement pour son sujet, qu'il observe et reconstitue avec une extrême minutie : les rites, les coutumes, les traditions, le mode de vie... Au point d'être sans doute parvenu à concevoir le film définitif sur le thème.

David ChappatEnvoyer un message au rédacteur

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