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MARGUERITE

Un film de
Avec

Du rire aux larmes

Loin de la comédie suggérée par le premier trailer, "Marguerite", le nouveau film de Xavier Giannoli, a fait les beaux jours du Festival de Venise 2015, même s’il en est finalement reparti bredouille. Autour d'un nouveau personnage qui s'invente une vie (un thème décidément cher au réalisateur de "Quand j’étais chanteur" et "À l'origine"), l'auteur concocte, sur la base d'un fait divers impliquant originellement une américaine (Florence Foster Jenkins), une histoire de responsabilité collective, d'élans créatifs et d'hypocrisie bourgeoise.

Catherine Frot fait ici des merveilles, en candide fascinée par la musique, dont les agissements en apparence exubérants ont surtout à voir avec l’isolement et la gêne masquée d'un mari qui ne la regarde plus vraiment. Elle apparaît d’ailleurs déjà comme l’une des favorites pour les prochains César, alors que Meryl Streep pourrait reprendre le rôle dans un film que préparerait Stephen Frears pour l’an prochain. Partant de ce qui apparaît initialement comme un caprice de grande dame, c’est finalement à la solitude immense de cette femme que s’intéresse un scénario subtil, transformant intelligemment les rires de moqueries faciles, en une perception touchante d’une détresse existentielle.

Le choc entre un milieu de parvenus aux conventions bien ancrées et le monde d’artistes et écrivains contestataires est ici fort bien décrit, permettant de grands moments de comédie dramatique (sa version toute personnelle de La Marseillaise...). Mettant progressivement en avant l'empathie que cette femme haute en couleurs provoque dans son entourage, à force de convictions, "Marguerite" est une œuvre bouleversante aux personnages attachants. Ceux qui prendront véritablement la peine de s'intéresser au personnage pourront ainsi voir derrière la voix une précurseur féministe et une femme cherchant désespérément à vivre une vie, plutôt que de la rêver. Et derrière ceux qui l’entourent un élan de protection dont la sincérité se heurte nécessairement au monde extérieur.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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