MANGE TES MORTS – TU NE DIRAS POINT

Un film de Jean-Charles Hue

Baptême du feu

Tout juste majeur, Jason vit avec sa mère et un de ses frères dans un campement de gens du voyages. Pour se faire un peu d’argent, il siphonne à l’insu de son ami Boniface, les réservoirs des camions que ce dernier a en gardiennage. La veille de son baptême chrétien, une voiture débarque à vive allure au milieu des mobil-homes, offrant à ses habitants, un véritable show de dérapages à faire voler la poussière…

Lors de la projection du film à la Quinzaine des Réalisateurs, Jean-Charles Hue avait prévenu le public : « les personnages sont difficilement compréhensibles, mais ce n’est pas un problème ». Effectivement, l’accent très prononcé des trois héros et leurs expressions propres (« Mange tes morts » en est le parfait exemple) nous plonge illico dans un univers profondément communautaire, celui des gens du voyage.

Au sein de cette communauté, Jason est le cadet de la fratrie Dorkel. Gentil garçon, il est apprécié de tous et se fait un peu d’argent avec de menus larcins. Pour marquer son entrée dans l’âge adulte, l’adolescent se prépare à être baptisé. Or la veille de l’événement, c’est une toute autre figure mystique qui va lui apparaître dans le soleil aveuglant, celle de son frère ainé, Fred, qui sort de quinze années de prison et qui n’a jamais réellement vécu avec le jeune garçon. Véritable tête brulée, l’homme se veut charismatique et décide de renouer la fibre familiale en entrainant ses frères et son cousin dans une virée nocturne afin de leur inculquer sa vision de la vie quelque peu radicale.

Techniquement parfaitement maîtrisé, ce road trip initiatique nous emmène dans une escalade de violence, certes percutante mais au final assez prévisible. Le personnage du grand frère, brut de décoffrage, n’inspire aucune empathie et son discours borné lasse à force de vouloir emmener son jeune frère dans les même travers que lui. Sous prétexte de perpétuer le courage de son père, mort en forçant un barrage de police à 300 km/h, Fred refuse à son jeune frère la seconde chance qu’il reproche aux autorités de ne lui avoir jamais donné. Un cercle vicieux aux dérapages incontrôlés qui laisse malheureusement le spectateur sur le bas côté tant le discours est sans appel.

Néanmoins, "Mange tes mort – Tu ne diras point" offre un regard authentique sur une communauté dîtes « en marge de la société ». Oscillant entre documentaire et fiction, l’immersion est totale et propose un point de vue unique : celui des membres de la communauté avec leur langage et leur principes. Une vision singulière qui malgré un profond désir de liberté et d’indépendance, se retrouve confiné dans un code d’honneur profondément ancré. En résulte un film qui a les défauts de ses qualités. Un film abouti, impliqué mais à qui il manque la petite étincelle, celle qui transforme le message en expérience. Dommage.

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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