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MAIXABEL

Un film de Icíar Bollaín

Un film important mais exsangue d’émotion

À Tolosa, au Pays Basque espagnol, en 2000, un homme politique est abattu froidement au bar du Casino, de plusieurs balles dans le dos. Trois hommes s’enfuient alors dans une voiture Renault et parviennent à échapper à la police espagnole, avant de faire exploser le véhicule et de s’enfuir dans la forêt. Cet homme, Juan María Jáuregui, laissera derrière lui une fille, et une femme, Maixabel, qui décidera de rentrer dans un processus de pardon vis à vis des victimes des attentats de l’ETA…

Maixabel film movie

Un film sur Juan María Jáuregui, homme politique basque, avait forcément une place de choix au Festival de San Sebastián, ville située au Pays Basque, à quelques 70 km de sa capitale Vitoria Gasteiz et 100 km de Bilbao. Centré sur la question du pardon, voire de la réconciliation, "Maixabel" prend pour titre le prénom de la veuve d’un homme politique opposé à la violence, et propose d’emblée une ellipse temporelle entre le drame et le début de l’audience de mise en accusation, où les trois accusés n’auront de cesse de crier leur refus de reconnaître toute autorité à la justice espagnole. Mis en scène par Iciar Bollain ("Le Mariage de Rosa", "Yuli", "Même la pluie"), le film s’ouvre donc sur l’imminence du drame, mettant en parallèle l'assassinat (soudain et violent) et les moments de douceur et d’amitié vécus par la fille de la victime, alors en camping au bord d’un lac. Un artifice qui fonctionne plutôt bien entre montée de l’inquiétude, explosion de la violence, et surgissement de la douleur.

Opérant ensuite un saut dans le temps de 4 ans, puis de 6 ans, l’essentiel de l’intrigue se déroule ainsi à partir de 2010, interrogeant à la fois la question de la mémoire, la persistance de l’engagement politique face au terrorisme, et la capacité au pardon. C’est en effet au processus proposé par une médiatrice aux détenus de l’ETA que le film met en avant, reléguant ainsi toute action au second plan, en faveur de parcours psychologiques de prisonniers, finalement assez peu creusés. Il en va ainsi du personnage interprété par Luis Tosar ("Cellule 211", "Ne dis rien") dont le cheminement personnel reste à l’état d’esquisse. On voit bien cependant en quoi la scénariste tenait son climax, alors que Blanca Portillo (qui interprète "Maixabel") explicite dans un beau monologue la souffrance de l’ « après » (attentat) « ou rien n’est normal ». Reste que ses autres personnages auraient sans doute mérités d’être plus travaillés. Alors que l’ETA a été dissoute le 21 octobre 2021, après quelques 857 meurtres, le film a forcément connu un vrai retentissement (et un vrai succès) en Espagne, où il a fait mieux que le dernier Almodovar.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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