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MAESTRO

Un film de Léa Fazer

Dialogues sur un plateau de cinéma

Henri est un jeune acteur qui rêve plus de blockbusters que de cinéma d’auteur. Pourtant c’est précisément dans une de ces productions intimistes que le comédien va être engagé. Mais ce tournage sera l’occasion pour lui de voir évoluer sa vision du cinéma tout comme sa personnalité d’homme…

Après le bien trop caricatural "Cookie" qui ambitionnait de traiter des problèmes d’immigration par le prisme de la comédie, la réalisatrice Léa Fazer a décidé de rendre hommage au regretté Jocelyn Quivrin, décédé subitement en 2009 à l’âge de 30 ans. À l’origine, le scénario de "Maestro" provient de l’esprit du comédien disparu, celui-ci s’inspirant de sa propre expérience avec Éric Rohmer sur le plateau de "Les Amours d'Astrée et de Céladon". L’économie de moyens et les conditions de tournage « à l’ancienne » dans lequel s’est fait ce film marquent autant le comédien qu’elles le nourriront pour la suite de sa jeune carrière. Obnubilé par ces heures passées sous la direction du cinéaste qu’il vénérait, Quivrin décide alors de plancher sur un scénario afin d’exorciser son expérience.

La suite est dramatique, et c’est désormais seule que Léa Fazer a dû mettre en image le film que son ami avait imaginé. À l’écran, il est question d’un jeune acteur fauché, insouciant et noctambule, et d’un certain Cédric Rovère, légende du cinéma d’auteur, qui vont se retrouver le temps d’un projet. Mais pour celui qui rêve de gloire et de paillettes, ce rôle devait uniquement lui permettre de manger. Pourtant, l’homme et le comédien en ressortiront grandis, l’expérience qu’il vivra étant autant humaine que cinématographique. Récit d’initiation artistique et éloge de la transmission, ce métrage est avant tout un beau message d’espoir, un conte humaniste léger et revigorant.

Car au lieu de tomber dans un éloge funèbre trop appuyée, la réalisatrice nous offre une comédie sensible, attendrissante et touchante, sans jamais tomber dans l’écueil de la surenchère. Aussi simple qu’efficace, le film dessine parfaitement la naissance de cette amitié paradoxale entre un cinéaste intellectuel et un acteur frivole. Mais cette réussite repose également sur la prestation au diapason de Pio Marmaï et de Michel Lonsdale, dont l’énergie de l’un répond parfaitement au flegme légendaire de l’autre. Et en plus, lorsqu’on ajoute la belle Déborah François dans le rôle d’une actrice d’apparence hautaine mais terriblement passionnée, on obtient un superbe trio pour ce film où les regards et les silences en disent plus que les mots.

Outre cette dimension sentimentale, "Maestro" nous plonge aussi dans les coulisses d’un certain cinéma, où les désirs artistiques imposent de se réinventer en permanence, de s’adapter aux faibles moyens dont on dispose, et de travailler dans une cacophonie permanente mais tellement joviale. Sans être larmoyant, Léa Fazer a réussi un hommage vibrant à l’immense Éric Rohmer et au talentueux Jocelyn Quivrin, tenant par la même occasion son film le plus abouti.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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