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MADAME IRMA

Je vois, je vois... que le film est plutôt réussi, qu'il surprend...

Francis, la quarantaine, mène un train de vie confortable. A la tête de la filiale française d'une grosse société américaine, il est viré du jour au lendemain. Ne supportant pas de dire la vérité à sa femme, il joue le jeu pendant plusieurs semaines, jusqu'à ce que la réalité le rattrape. Un jour, il passe devant une caravane où officie une voyante et remarque son succès. Il décide alors de devenir Madame Irma, juste le temps de se retourner...

"J'ai un flash !", dit Madame Irma, alias Didier Bourdon, de sa voix haut perchée, et on sait que cette réplique est déjà "culte", avant même que le film soit sorti. Car, de Madame Irma, on ne retient pas grand-chose, pas de gag particulier, mais juste quelques gimiques qui, de temps à autre, sortent du lot. A l'image des précédents films des (ex)Inconnus, ce n'est pas tant le produit lui-même qui intéresse, mais ces petits riens du tout qui restent en mémoire.

Le principal atout (je dis bien "atout") de Madame Irma est que le film ne fait pas rire. A vrai dire, le film n'est pas vraiment drôle, si l'on y réfléchit : l'histoire d'un homme, "tombé" au chômage, qui ment à sa femme d'abord décrite comme vénale, et qui choisit de perdre l'honneur plutôt que de perdre la face. Evidemment, voir Didier Bourdon avec une perruque est toujours un bon moment : on sourit en se remémorant quelques sketches, et la situation donnée (des clients face à une voyante) permet la succession de personnages typés venus alléger les propos du film.

Mais ce sont justement ces propos que Bourdon et Fajnberg ont voulu alléger qui sont le tenant et l'aboutissant du film. Au-delà d'une simple comédie, Madame Irma dresse le portrait d'une société à la dérive, où les patrons se transforment en mouchoirs, les mouchoirs en menteurs, les menteurs en trompeurs, etc. Parce qu'il est enfermé dans son personnage de mari riche, Francis se voit contraint d'emprunter le costume d'une voyante. Cette nouvelle donne lui permettra, bien sûr, de regagner l'estime des siens mais aussi de se mêler, comme il le dit, au "petit personnel", et de retrouver ainsi le sens de la vie et le sens de l'honneur. La scène où Francis, le maquillage coulant, est confronté à ses actes n'est pas sans rappeler le personnage de Charlie Chaplin dans Les Feux de la rampe.

Les seconds-rôles restent néanmoins dans le sillage d'une Madame Irma sympathique qui dévore tout en laissant Pascal Légitimus sur le carreau. Depuis Les trois Frères, on attendait de revoir ces Inconnus dans une comédie intelligente. Ici, on sourit plus qu'on ne rigole, mais sans auncun doute, le film se trouve (volontairement ou non) ailleurs.

Lucie AnthouardEnvoyer un message au rédacteur

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