Festival de Venise 2019 banniere

LUKAS

Un film de

JCVD en toute petite forme

Lukas travaille comme garde du corps dans une boîte de nuit afin d’offrir un cadre de vie normal à sa petite fille de 8 ans. Le soir où il provoque involontairement la mort d’un client violent, il se retrouve pris dans un étau : d’un côté, il est engagé par un truand flamand pour lui servir d’homme de main, et de l’autre, il est victime du chantage d’un flic ripou qui souhaite l’utiliser pour faire tomber le truand…

L’ami Jean-Claude, on l’aime bien. Sa candeur, son parcours, ses égarements métaphysico-existentiels, sa gueule cassée devenue un paysage à part entière, son désir permanent de supplanter l’image de l’action-star pour embrasser celle d’un vrai acteur, son génie d’avoir invité à Hollywood trois génies du cinéma hongkongais (John Woo, Tsui Hark, Ringo Lam) juste pour pouvoir tourner avec eux, etc… Tout cela participe du capital sympathie du personnage, et le nourrit si facilement qu’on en vient à excuser ses mauvais choix de films ou ses déclarations plus ou moins homophobes chez Laurent Ruquier.

Au vu du sérieux qu’il semble souligner derrière son allure apparente de film d’action, "Lukas" serait à classer parmi les films « rédempteurs » de Van Damme, à savoir ceux où son talent d’acteur est censé prendre le dessus sur le caractère bourrin de l’ensemble (citons les brillants "Replicant" et "In Hell" de Ringo Lam, ou encore le fabuleux "JCVD" de Mabrouk El Mechri). Mauvaise pioche : "Lukas" n’est juste qu’un petit thriller sans âme ni personnalité, qui aurait tout à fait sa place parmi les DTV fauchés de Van Damme s’il n’était pas réalisé par Julien Leclercq.

Au vu d’une filmographie qui mélange le passable ("Chrysalis", "Gibraltar") et le très mauvais ("L’Assaut", "Braqueurs"), on n’ira pas jusqu’à dire que Leclercq est un grand cinéaste. Mais si on doit lui reconnaître deux qualités tout sauf négligeables, c’est d’oser une sécheresse totale dans le traitement graphique de ses films et de travailler son découpage avec une maîtrise technique qui fait effet. Deux qualités qui, là encore, suffisent à sauver les meubles, notamment le temps d’un tandem de plans-séquences intenses et maîtrisés qui suivent l’ami Jean-Claude de dos comme dans un film des frères Dardenne.

On n’aura rien à dire sur le contenu du scénario, si cliché qu’il en devient rance, et sur les personnages, si caricaturaux qu’ils en deviennent antipathiques. Même Van Damme lui-même devient ici le plus gros problème du film : on le savait capable d’être intense et émouvant (voir les trois films cités plus haut), on le savait capable d’en faire des caisses dans l’hystérie cocaïnée (on vous conseille de jeter un coup d’œil à "Enemies Closer" et "Welcome to the Jungle"), mais là, on le découvre absent. Peut-être s’agit-il ici du piège dans lequel sa quête de sobriété et d’intériorité vis-à-vis d’un rôle de cinéma risquait de le faire chuter un jour : taiseux et inexpressif de A à Z en dépit d’une force physique encore tangible, l’acteur donne l’impression de jouer un tronc d’arbre et de traverser le film en touriste. Frustrés, ses fans le seront à coup sûr. Les autres aussi.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire