Parce qu'on en a jamais assez !

LOUISE – MICHEL

Une charge féroce contre les délocalisations et le capitalisme sauvage

Louise est employée dans une usine. Un an à peine après un premier plan social, son patron lui demande, comme à ses collègues, de faire de nouveaux efforts. Pour mieux faire passer la pilule, il leur offre à chacune une blouse toute neuve et organise une fête. La joie n'est que de courte durée, puisque dès le lendemain les ouvrières découvrent que les machines ont été déménagées pendant la nuit. Elles décident alors de mettre en commun leurs indemnités de licenciement pour faire quelque chose de positif. Louise, pleine d'une imagination hargneuse, leur propose d'engager un professionnel pour butter le patron...

Les créateurs de Grolandsat sont retour avec leur troisième film, de loin le plus réussit. Face à cette histoire improbable et à sa clique de personnages dégénérés et aussi lâches les uns que les autres, on rit jaune comme pour leurs précédents films (« Avida »), car la moquerie est sans limite et n'épargne personne, faisant des petites gens des héros ringards, et des patrons des caricatures insaisissables. Mais surtout car le fond apparaît peu à peu comme aussi absurde que la forme. Gustave Kervern et Benoît Delepine mettent en effet en évidence les imbrications de différents niveaux de l'économie capitaliste (patron congédié avec indemnités, fonds de pensions américains, Jersey comme paradis fiscal...) qui gangrènent le système de par leur apparente impunité.

Du coup, « Louise - Michel » apparaît comme une épopée vengeresse jouissive, menée par des ratés au grand coeur, perdus dans leur crasse et leur médiocrité. Les auteurs osent et se moquent une nouvelle fois de tout (changement de sexe ou prise d'hormones, handicap, extorsion de petits vieux invalides...). Ils font appel aux pires instincts et cela fonctionne à merveille, grâce à leur bande d'acteurs habituels, auxquels viennent se joindre une Yolande Moreau des plus masculine et un Bouli Lanners en tueur pas si professionnel (il n'arrive pas à faire disparaître le chien sur lequel un voisin impotent a mis un contrat...).

Qui d'autres que ces deux irrévérencieux aurait pu imaginer prendre des malades en phase terminale pour jouer les substitues à des tueurs ratés? On en resterait presque estomaqué, si le scénario n'assumait pas parfaitement ses propres dérives, donnant dans une surenchère au final très dynamique. Une citation de Louise Michel, sur les riches, vient clore ce film de Noël en beauté, et ses échos sont particulièrement violents en ces temps de crise généralisée, d'inégalités grandissantes et de pratiques pour le moins contestables.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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