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LOST RIVER

Un film de Ryan Gosling

Un film de genre aux relents sociaux sublime mais trop confus

Dans une ville anéantie par la crise, une femme a décidé de rester et de se battre pour sauver sa maison. Avec deux enfants à charge, elle va devoir accepter un boulot très particulier pour pouvoir payer les factures. Mais le quotidien de la famille va en être profondément chamboulé…

L’un des évènements de l’édition 2014 du Festival de Cannes était sans aucun doute la présentation dans la sélection Un Certain regard du premier film de Ryan Gosling en tant que réalisateur. Et pour cette première tentative derrière la caméra, le beau gosse s’est entouré d’un casting des plus glamours, avec les belles Eva Mendès, Christina Hendricks et Saoirse Ronan, accompagnées d’un échappé de la série "Agents of S.H.I.E.L.D", Iain De Caestecker, et du Docteur Who en personne, Matt Smith. Autant dire que c’était l’effervescence sur la croisette !

Et dès les premières images, le blondinet mystérieux confirme son attrait pour les univers macabres et sanguinolents, à l’image de son groupe de musique, les Dead Man's Bones. Dans une ville ravagée par la crise, où les maisons ne tiennent plus debout et où les habitants ont déserté, une famille tente de survivre et de sauver leur maison. La caméra suit alors le quotidien de cette mère et de ses deux enfants plongés au cœur d’une spirale de violence. Dans cette fable gothique, onirique et lugubre, la brutalité et la férocité ne sont jamais loin, créant une atmosphère anxiogène qui attrape à la gorge.

Choc esthétique, le métrage, parcouru de visions fantasmagoriques et de cauchemars morbides, bénéfice d’une beauté visuelle indéniable, sublimant ce conte noir sur fond de crise sociale. Entre David Lynch et Nicolas Winding Refn, "Lost River" développe un univers féérique, à la noirceur édifiante, captant magnifiquement cette Amérique d’après crise, transformée ici en ruines post-apocalyptiques. Reprenant les codes du conte, du sorcier aux monstres à affronter pour conjurer le mauvais sort, le malheur des habitants étant dû à une soi-disant malédiction, Ryan Gosling livre un objet cinématographique incroyablement poétique.

Malheureusement, les réussites plastiques ne parviennent à effacer les défauts de cette première réalisation, en particulier la cacophonie scénaristique dans laquelle plonge les protagonistes. Trop brouillon, l’abondance d’idées, aussi bonnes soient-elles, finit par créer une œuvre fourre-tout, où l’histoire patine plus qu’elle n’avance. Si le film maintient des envolées lyriques durant toute sa durée, comme cette ville engloutie ou le personnage de Bully, tout droit sorti d’un clip de Macklemore, il finit par tomber dans un faux rythme, alternant séquences hypnotiques et saynètes foutraques.

Malgré tout, "Lost River" parvient aussi bien à nous surprendre qu’à nous subjuguer, sans pour autant oublier de nous effrayer, notamment grâce à la bande-son intrigante. Et si certains acteurs passent derrière la caméra sans véritable inspiration, Ryan Gosling, lui, avait bien quelque chose à nous raconter. Ses obsessions érotiques et perverses ont donné naissance à un film de genre malsain, à la beauté aussi effrayante qu’incandescente, qui réussit pleinement à s’imprégner des références cinématographiques auxquelles il aspire. On n’a pas fini d’entendre parler de Ryan Gosling…

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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