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LIONS ET AGNEAUX

Un film de Robert Redford

Bavard, brillant mais trop sage au niveau mise en scène

Alors qu'un jeune sénateur ambitieux essaye de vendre sa stratégie pour sortir du bourbier irakien à une journaliste vedette, deux GI se retrouvent seuls au milieu des neiges afghanes. Au même moment, un professeur de sciences politiques tente de convaincre un élève peu assidu de reprendre les cours...

Autant le dire tout de suit, je suis un fan de Redford réalisateur, et le voir repasser derrière la caméra après 6 ans de silence, me mettait en joie, si ce n'est en transe. Avouons cependant d'emblée que le metteur en scène inspiré et emprunt d'un tact immense de chef d'oeuvres tels « Des gens comme les autres », « Et au milieu coule une rivière » ou « Quizz Show » avait quelque peu déçu avec ses derniers films. Autant « L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux » était esthétiquement sublime, autant il était sirupeux. Et ce n'est pas l'intelligent mais clinique « Légende de Bagger Vance » qui le vit revenir à son meilleur niveau, malgré une formidable direction d'acteurs, qualité intrinsèque à tous ses films.

« Lions et agneaux » ne déroge pas à la règle, offrant à chacun de ses personnages quelques rôles forts, surtout pour les quatre amenés à tenter de se convaincre les uns les autres. On se délecte donc des échanges à couteaux tirés entre Meryl Streep, un rien vacharde, mais au méa-culpa trop facile et un Tom Cruise aux dents très longues, comme de ceux entre Redford, au meilleur de sa forme, donneur de leçons au recul imparable, et son jeune étudiant désabusé, Andrew Garfield, promis à un bel avenir. Subtil, les dialogues le sont sans conteste, alignement les arguments d'une réflexion sans faille sur la nécessité de l'engagement, quel qu'il soit. Mais le film s'avère un peu trop bavard, ne délaissant ses deux échanges, que pour s'intéresser au sort des deux soldats, condamnés d'avance.

La construction en parallèle des trois récits est plutôt une bonne idée, d'autant que Redford sait créer une véritable tension à partir de bien peu d'artifices, usant surtout du talent des acteurs et d'alternances bien senties. Le puzzle prend forme sur la fin, grâce à un scénario intelligent, mais il faut bien avouer que la mise en scène de Redford reste minimaliste, certes volontairement, mais nous éloignant du même coup de ces personnages, qui restent tout de même profondément abstraits, à l'image des discours qu'ils s'acharnent à développer. Un supplément d'âme aurait été le bienvenu.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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