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LIFELONG

Un film de

Architectes et photographes ne font pas bon ménage !

Ela et Can mènent, en apparence, une vie parfaite. Lui, est un architecte renommé, elle, est une grande photographe. Ils vivent dans un magnifique appartement à Istanbul, et leurs amis semblent les adorer. Mais cette réalité n’est qu’illusoire, et progressivement, le couple s’enfonce dans une crise insoluble où le mensonge a remplacé l’amour…

La réalisatrice turque, Asli Özge, retrouve Istanbul, après « Men on the Bridge » pour s’attaquer, cette fois, à l’histoire d’amour entre un architecte et une photographe. Néanmoins, si sa caméra s’immisce dans l’intimité de ce couple, ce n’est pas pour nous montrer la longévité de leur amour. Au contraire, elle rend les spectateurs témoins d’une crise conjugale silencieuse, sans cris ni heurts, mais où l’amour s’effrite irrémédiablement. Dès les premières minutes du film, la réalisatrice nous plonge dans cet univers pesant, les débuts enchantés ayant laissé place à un quotidien routinier, où le dialogue n’existe plus. Même le sexe ne pourra remédier à ces maux, tant la fracture semble définitivement ouverte.

Se plaçant la plupart du temps du point de vue d’Ela, « Lifelong » dévoile progressivement le chagrin de cette dernière, et comment cette femme, à qui tout semble réussir, se retrouve à espionner son mari, écrasée par les doutes qui la rongent de l’intérieur. L’immense appartement blanc, triste (moribond) et impersonnel, devient alors une métaphore de la relation entre les deux protagonistes, chacun ayant son étage, sans avoir à se croiser. Jouant habilement avec la géométrie du lieu, Asli Özge parvient parfaitement à capter la détresse de cette épouse, étouffée par cette existence compartimentée, jusqu’à mettre sa santé physique en péril.

Toutefois, si se placer du côté de la femme bafouée était une optique intéressante, on regrettera le manque de nuance du protagoniste masculin, présenté comme un macho sans cœur, cupide et aigri. En voulant pousser à son paroxysme le raisonnement sur ce que les êtres humains sont prêts à endurer par amour, la réalisatrice perd un peu de réalisme et de sincérité, d’autant plus qu’il est difficile de s’imaginer comment un amour véritable a pu exister, jadis, entre ces deux individus.

Néanmoins, ne se précipitant pas, et prenant le temps de montrer l’évaporation progressive des sentiments, le long-métrage offre une variation solide sur la manière de traiter les drames sentimentaux. Avec une mise en scène intelligente, et quelques fulgurances comme notamment cette scène mystérieuse et psychédélique de la galerie, on ne peut que regretter que la cinéaste, certainement animée par un excès de féminisme, ait grossi le trait de façon à transformer son personnage principal en archétype, inhibant ainsi une partie de l’impact du métrage. Dommage…

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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